Le couple : mythe, réalité ou utopie utile - mémoire de fin d'études - partie 2

Publié le 7 Septembre 2014

(Le couple - suite 2)

Les relations œdipiennes avec toute leur complexité : œdipe direct et inversé : généralités

Le complexe d'Oedipe direct

--- Une loi fondamentale : la prohibition de l’inceste est cette loi---.

« Elle se retrouve toujours et partout, condition universelle et minimale pour qu’une « culture » se différencie de la « nature ». Claude Lévi-Strauss (1)

Comme préalable premier, historiquement, Freud, en traitant la femme de « continent noir » ne reconnaît pas le sexe creux de la femme (le vide comme contenant) comme un plein. Un plein qui est une réalité positive. Un plein créatif qui a sa mission noble par son fait d’exister mais plutôt comme une tare (il y a défaut de…). Freud est là, totalement inadéquat. Car dans ce cas, le creux est un plein par sa fonction de savoir recevoir le sexe de l’homme ainsi que de posséder la faculté suprême de pouvoir faire des enfants. J’imagine que le pénis (la flèche) sans carquois (le sexe-fourreau de la femme) n’existerait pas car il existerait seulement par et pour lui-même (une chose n’existant que par son contraire). L’Homme serait, alors, un être lamentablement auto-érotique voué à la masturbation. L’homme devrait remercier la femme d’exister sans laquelle, son pénis n’aurait aucune place fondatrice.

Comme préalable deuxième, il ne faut pas confondre la relation incestueuse et la relation œdipienne. La relation incestueuse « tue psychiquement » tandis que la relation œdipienne est nécessaire à la construction psychique tant qu’émotionnelle de l’individu.

Comme préalable troisième : « L’anthropologie psychanalytique s’attache à retrouver la structure triangulaire de l’Oedipe, dont elle affirme l’universalité, dans les cultures les plus diverses et pas seulement – comme le souligne Malinowski (2) en arguant du « relativisme culturel » des complexes fondamentaux – dans les sociétés de type patriarcal et où prédomine la famille conjugale. » (Bergeret, in Psychologie Pathologique, pp.33).

Chez le garçon, comme chez la fille le premier objet d'amour, c'est la mère : c’est la relation préœdipienne (on est à deux). Ensuite, avec les premiers émois « amoureux », la situation triangulaire avec ses flots de désirs pour le parent du sexe opposé, de haine et de rivalité s’installe : c’est la relation œdipienne (on est à trois).

Dans l’Oedipe direct, le garçon éprouve des sentiments « amoureux » pour la mère ; la fille, elle éprouvant des sentiments « amoureux » pour le père. L’Oedipe n’est pas symétrique car le garçon garde le même objet d’amour : la mère préœdipienne et la mère œdipienne. Est-ce plus facile parce qu’il ne change pas d’objet d’amour ? En tout cas on peut affirmer qu’il y a trop de fusion avec la mère. Le garçon devant ainsi s’arracher deux fois à la mère. Par contre la fille, elle, change d’objet d’amour : elle s’arrache de la mère pour se tourner vers le père. Cette situation est-elle plus enviable ? (« Freud tenta de redresser cette asymétrie en aménageant le concept de l’Oedipe pour la fille, théorisant ce que son disciple Carl Jung appellera le « complexe d’Électre » : contrairement au garçon chez qui l’angoisse de castration vient clore l’Oedipe, la fille entame son Oedipe par la castration et l'envie du pénis, ce qui la pousse à désirer un enfant du père. Même s'il donna un nom à cette dernière théorie, Jung lui-même ne partageait pas cette vision. Il tentera plutôt de rectifier l'asymétrie en contestant la nature sexo-centrée du désir incestueux : pour lui ce désir n'était pas un désir pour le parent de sexe opposé, mais bien un désir de la mère quel que soit le sexe de l'enfant – car désir anobjectal de retour à la matrice, à l'en- deçà de la vie (pour y renaître). En 1953, Jacques Lacan tentera lui aussi de dépasser le déséquilibre de la théorie œdipienne concernant les filles en interprétant l'œdipe comme fonction : le père intervient en tant que loi venant rompre la fusion entre la mère et son enfant, fille ou garçon, père ayant sa fonction positive de tiers séparateur »).

Par peur de la castration, le garçon finit par renoncer à cette rivalité et accepte de diriger son amour vers quelqu'un d'autre, de sexe féminin, appartenant à sa génération. Pour la fille, l'amour premier pour la mère se transforme en haine pour elle : la mère ne lui a pas donné de pénis. Elle l'a faite manquante. Alors, elle s'identifie à sa mère et se met à aimer le père qui, lui, a un pénis ; elle veut obtenir de lui un "pénis de substitution" (= un enfant). Mais un père structurant refuse « d'épouser sa fille ». Par peur de déplaire au père s’il lui vole sa femme, le garçon vivra ce que l’on appelle l’angoisse de castration. La petite fille, elle, par le manque, vivra ce que l’on appelle le complexe de castration. L’Oedipe bien résolu, est une formation identitaire positive lui permettant de projeter une bonne intériorisation sur un futur partenaire. L’Oedipe frustré ou bien mal résolu va créer chez l’individu une relation névrotique dans tout son chemin relationnel. Cela peut aussi créer un Oedipe inversé. Beaucoup de personnes bloquent devant l’Oedipe (peur de l’affirmation de soi), on peut constater, dès lors, une régression au niveau préœdipien.

Cependant, la névrose trouve donc son origine dans l’échec de l’accomplissement total de ces finalités, d’ailleurs pratiquement jamais totalement atteintes. Il s’agit pour Freud du « noyau des névroses ». Il est l’élément essentiel de la structuration de la personnalité. « Par son rôle fondamental d’organisateur central dans la structuration de la personnalité, le complexe d’Oedipe représente l’axe de référence majeure de la psychogénétique humaine. » (In Bergeret, Psychologie Pathologique, pp. 32).

Ce conflit interne, véritable crise de croissance du Moi, se produit entre trois et cinq ans tant chez la fille que le garçon. Il doit pouvoir être dépassé par l’enfant pour lui permettre de parvenir plus tard à une sexualité adulte. Selon Freud, l'élaboration d'un complexe d’Oedipe constitue une étape normale dans le développement psychologique des garçons. La mère étant perçue, depuis le premier stade du développement, comme la « nourricière » qui procure du plaisir (en donnant le sein), le petit garçon tend progressivement à « se l'approprier ». Cette pulsion tendre déclenche le complexe proprement dit, qui se déroule alors en trois phases.

Œdipe direct chez le garçon

La phase phallique : vers 3 ans, apparition de sensations voluptueuses spontanées ou/et provoquées, au niveau du pénis. L'enfant a l'intuition des jeux sexuels/relations sexuelles susceptibles de les provoquer ces sensations en présence d'un (e) partenaire comme il suppose que cela se produit entre le père et la mère. Il exhibe dès lors son pénis à sa mère et rencontre la rivalité de son père, d'abord modèle puis rival. Ainsi, chez le garçon, la mère devient l’objet de la pulsion sexuelle. Pour la conquérir, le garçon va déployer toutes ses ressources libidinales, mais aussi agressives. Faute d’une possession réelle, l’enfant va chercher à obtenir son amour et son estime d’où les diverses sublimations pour la séduire.

L’angoisse de castration : quelle que soit la solution choisie (en fait dans la majorité des cas une solution composite) le pénis se retrouve imaginairement en jeu : soit menace de castration imaginaire comme sanction par le père dans la rivalité qui oppose l'enfant mâle à son père pour la possession de la mère, soit castration imaginaire dans le cas d'une identification féminine à la mère dans une position de soumission/séduction homosexuelle passive du père. (la femme étant imaginairement perçue comme castrée). De se réconcilier avec le père, le cas échéant, voire de s’émanciper de sa tyrannie.

Le père devient l’objet de rivalité ou de menace, mais en même temps, l’objet à imiter pour s’en approprier la puissance. Cette appropriation passe par la voie de la compétition agressive, mais aussi par le désir de plaire au père dans une position homosexuelle passive Oedipe inversé que nous verrons plus loin).

Le déclin de l’Œdipe : pour le petit garçon, s'il veut échapper à cette situation, il est conduit à renoncer à la satisfaction sexuelle avec l'un ou l'autre de ses parents, chacune des possibilités ainsi évoquées étant soumise à une menace imaginaire de castration. Il est conduit à renoncer aussi bien à la possession sexuelle de sa mère (risque de castration imaginaire par le père) aussi bien qu'à la séduction de son père (castration imaginaire par identification à la mère castrée). Par conséquent on peut dire que le garçon sort du complexe d'Oedipe du fait de la menace de castration (crainte de perdre le pénis). Le jeu des identifications conduira au déclin du complexe d'Oedipe, l'enfant constituant sa personnalité de façon composite en empruntant les éléments constitutifs de sa personnalité aussi bien à la mère qu'au père.

De pouvoir se défaire de ses désirs libidineux à l’égard de la mère et de les déplacer sur des objets étrangers. Cette part d'identification au père le conduit à chercher comme lui une femme susceptible d'investir son pénis comme équivalent phallique. Il conserve l'investissement narcissique du pénis et acquiert par ce processus la possibilité, comme son père, d'être un homme qui jouit légitimement d'une femme, représente la loi et sublime ses pulsions sacrifiées en créations sociales et culturelles.

On notera que pour le garçon, l’angoisse de castration le conduit à mettre fin au complexe d'Oedipe. Il constitue donc, en quelque sorte un point d'aboutissement. L'intériorisation de l'interdit paternel donnant naissance au Surmoi.

Œdipe direct chez la fille

L’objet d’amour primordial n’a pas donné de pénis : la mère est, comme pour le garçon, le premier objet d'amour et d'investissement libidinal. La déception de ne pas avoir reçu un pénis de la mère l’amène à se détourner de celle-ci et par conséquent à changer d’objet libidinal. La découverte de la castration pour elle comme pour la mère (sa mère est castrée au niveau imaginaire comme le sont toutes les filles) conduit à plusieurs types de « solutions ». (rejet de la sexualité, rejet de la castration - du destin anatomique -), soit après beaucoup de détours : choix du père comme objet. Le processus est alors le suivant : rejet de la mère comme castrée, désir d'avoir un pénis comme le père, équivalent enfant-pénis, désir d'avoir un pénis/enfant du père. La fille entre par conséquent dans le processus œdipien par la "découverte" de la castration (complexe de castration).

Le complexe de castration : ce changement d’objet libidinal conduit la fille à un nouveau but : obtenir du père ce que sa mère lui a refusé. Ainsi en, même temps que la fille renonce au pénis, elle cherche auprès du père un dédommagement sous forme d’un enfant : le renoncement au pénis ne se réalise qu’après une tentative de dédommagement : obtenir comme cadeau un enfant du père, lui mettre un enfant au monde. Cette position qui investit le père comme objet d'amour situe alors la mère à la fois comme rivale et comme objet d'identification. À l’égard de la mère, la fille développe une haine jalouse, mais fortement chargée de culpabilité d’autant que la mère reste la source non négligeable d’une importante partie des satisfactions pulsionnelles prégénitales.

Le déclin de l’Oedipe : chez la fille, le complexe de castration constitue une sorte de point de départ en ce sens que cela peut lui permettre de renoncer « à son propre pénis » tout en envisageant toute la puissance de son féminin. Elle pourra convoiter le pénis de son partenaire en tant qu’objet de jouissance et de créativité.

Si la sortie de l'Oedipe demeure problématique, cela risque de plonger la fille dans une revendication infinie d'amoureuse blessée, ou dans un renoncement mortifère ou encore de la renvoyer à ses premiers amours pour la mère.

Œdipe inversé

Les frustrations orales (sevrage) et anales (relation au soin engendrant des pulsions sadique-anales, colère, haine) peuvent engendrer un Oedipe inversé. C’est le résultat de ces frustrations. Ce n’est pas génital mais c’est la recherche d’une compensation orale. S’il y a trop de compensation (séduction, attouchement), cela peut devenir une fixation sur le père ; alors, il peut y avoir homosexualité. Si la compensation est suffisante, il y aura un début d’identification au père. « Je suis fait » comme lui. C’est la découverte du pénis du père.

Dans cet Oedipe l’enfant éprouve de l’attirance vers le parent du même sexe que lui. Il investit ce parent au même degré sinon plus que le parent du sexe opposé. Cet investissement libidinal du parent du même sexe est assimilé à une séduction du type homosexuel chez l’enfant car il se laisse façonner par ce même parent. Ce type d’Oedipe entraîne, en outre, l’ambivalence de ses sentiments vis-à-vis des personnes des deux sexes, ce qui se traduit par la bisexualité chez l’adolescent et parfois durant toute la vie. Cette approche est simplificatrice. Elle se joint en fait à la position liée à la "solution" sexuelle inverse : séduction du père, hostilité jalouse à l'égard de la mère. C'est ce que l'on appelle "Oedipe inversé" ou "Oedipe féminin "(Le Moi et le ça, Freud, 1923).

L’adolescence est un facteur important de l’installation ou non dans l’homosexualité mais elle n’est pas le seul moment en ce qui concerne l’homosexualité. L’adolescent peut éprouver des sentiments amoureux pour les personnes du même sexe que lui. Cela peut être occasionnel et disparaître avec la fin du processus pubertaire. Cependant, la tendance homosexuelle peut être inscrite de façon plus profonde dans le psychisme de l’individu, ce qui renvoie aux relations que l’enfant a entretenues avec sa mère et son père entre l’âge de 3 à 5 ans.

Le développement Œdipien archaïque de la fille selon Mélanie Klein.

Elle a une autre façon de poser l'Oedipe de la fille que Freud. Freud procède comme s'il faisait un calque du garçon, mais à l'envers. L’Oedipe, pour rappel, n’étant pas symétrique. Pour elle, le complexe d’Oedipe survient très précocement ; il est en lien avec le sadisme. Elle rejette la conception freudienne d’un Œdipe féminin comme forme « modifiée et incomplète de celui du garçon » ; elle revoit la théorie freudienne de l’envie du pénis « qui est un complexe de masculinité de la fillette » et elle introduit la notion de « complexe de féminité du garçon »

Selon Mélanie Klein il y a 3 phases :

La mère, premier objet d’amour

  1. La conversion vers le père
  2. Le retour à la mère
  3. Le retour au père

La mère donne le sein et les soins. Par le sevrage, la fille éprouve une immense frustration orale, le sein de la mère se refuse, elle éprouve l’envie d’agresser et de mordre le sein. Le premier stade du complexe d’Oedipe commence là pour Mélanie Klein.

1. La conversion vers le père est un Oedipe positif, direct. Une petite fille qui est très attirée par son père (la polarisation : le féminin va vers le masculin). A la frustration du sevrage, s’ajoutent également les frustrations anales. L’apprentissage de la propreté va augmenter la haine de la fille pour sa mère. Déçue par les diverses frustrations, la fille se tournera dans cette première phase féminine, vers son père dans l’espoir d’une nouvelle source de satisfaction et d’une réparation. Les pulsions orales sont entremêlées aux génitales. Le pénis n’a pas encore une valeur sexuelle, génitale, Le pénis est assimilé au sein de la mère. Dans cette constellation, le pénis paternel représentera donc une valeur inestimable pour la fille, car elle va lui conférer toutes les qualités auparavant attribuées au sein de la mère. Il est utilisé en lieu et place de sein mais non comme pénis « sexué ». Mais ces qualités seront surévaluées. Le père devient à ce moment une mère alternative, un sein alternatif pour la fille.

2. Le retour à la mère, Oedipe négatif ou inversé

Tous ces fantasmes introjectés d’une mauvaise mère, laissent la fille avec la crainte de voir l’intérieur de son propre corps attaqué et dépouillé de ses « bons » contenus par une « mère vengeresse ». A cause de son hostilité à l’ égard de la mère, la petite fille redoute donc les représailles de celle-ci. La fille ne peut pas se maintenir dans cette position de rivalité. S’ajoute à cela la frustration des non-satisfactions orales et génitales dans sa relation au père. La fille est frustrée une seconde fois dans ses attentes dans la position féminine, cette fois par le père. Il lui dit « non », aussi bien à un niveau oral qu’à un niveau génital. Le père « cadre » sa fille et lui fait comprendre inconsciemment : « Je suis l’homme de ta maman (ma femme) et non le tien. » La fille va donc abandonner le père comme objet libidinal et faire un retour vers la mère. La fille entre dans la deuxième phase de son développement œdipien. Mélanie Klein appelle cette phase, « phase phallique ». L’identification paternelle de la fille se manifeste alors par des signes d’envie de pénis et du complexe de castration. Klein écrit que la fille « adopte imaginairement une position masculine, désire être un garçon, rêve de donner des enfants à sa mère, de prendre le pénis de son père, de l’écarter et de l’exclure ». (Petot pp. 215) En somme, dans cette position, la fillette se propose à la mère comme « petit homme » pour mener à bien, tout ce que son père ne réussit pas bien. Elle joue en quelque sorte, dans une position d’alliance homosexuelle, le rôle du père à côté de la mère. La fille est dans la rivalité avec son père.

3. Retour au père, retour positif direct

Une mère moins persécutrice et le sentiment d’avoir réparé sa mère à l’intérieur d’elle, permettra cette fois-ci à la fille d’entrer dans un Oedipe positif avec son père. Celui-ci ne sera plus considéré comme substitut du sein, mais elle contacte son père comme père œdipien.

Qu'est-ce que c'est qu'un Oedipe positif ?

1. La petite fille dans une phase féminine, se propose à papa comme petite femme, se met en rivalité avec maman. Frustrée par sa mère elle va lui demander le « sein », le pénis. Mais en même temps que la rivalité, il y a aussi des moments d'identification. Exemple : les petites filles veulent faire les tartes avec leur maman, le pain, mais plus tard elles vont dire : « Mon pain est meilleur que le tien » (identification conjointe à la dévalorisation de l’objet d’envie qui est, « maman fait quand même du bon pain et c’est insupportable pour moi ! »). Il y a toujours identification et rivalité, c'est lié et impossible à dissocier.

2. Elle se propose comme le petit homme pour maman, c'est à dire pour tout ce que papa ne fait pas bien. Cela a un rapport avec l'homosexualité latente.

3. Le retour au père est une position féminine, elle est stable, on peut y rester.

Quel peut être le problème pour la petite fille, pourquoi ne s'installe-t-elle pas dans la première phase ? Elle est frustrée, elle n'est pas la seule femme, alors elle élimine sa mère, elle éprouve de la terreur (phase paranoïaque).

Le développement œdipien archaïque du garçon selon Mélanie Klein.

Selon Mélanie Klein il y a 3 phases :

La mère, premier objet d’amour

1. La rivalité à la mère

2. La conversion vers le père

3. Le retour à la mère

La mère donne le sein et les soins. Par le sevrage, le garçon ressent une immense frustration orale, le sein de la mère se refuse, il éprouve l’envie d’agresser et de mordre le sein. L’apprentissage de la propreté laisse les mêmes traces de frustration. Le premier stade du complexe d’Oedipe commence là pour Mélanie Klein.

1. La rivalité à la mère

Le garçon passe par une première phase féminine de rivalité sadique orale et sadique anale avec la mère.

2. La conversion vers le père

La conversion vers le père est un Œdipe inversé avec homosexualité passive. Un petit garçon est très attiré par son père à la frustration du sevrage, s’ajoutant également les frustrations anales. L’apprentissage de la propreté va augmenter la haine du garçon pour sa mère. Déçu par les diverses frustrations, il se tournera dans cette première phase féminine, vers son père dans l’espoir d’une nouvelle source de satisfaction et d’une réparation. Les pulsions orales sont entremêlées aux génitales. Le pénis n’a pas encore une valeur sexuelle, génitale, Le pénis est assimilé au sein de la mère. Dans cette constellation, le pénis paternel représentera donc une valeur inestimable pour le garçon, car il va lui conférer toutes les qualités auparavant attribuées au sein de la mère. Il est utilisé en lieu et place de sein mais non comme pénis « sexué ». Mais ces qualités seront surévaluées. Le père devient à ce moment une mère alternative, un sein alternatif pour le garçon. Ensuite, il refoule son complexe féminin à la suite de la peur de la mère introjectée et adopte une position masculine. Le père permet aussi l’identification avec « l’incorporation du pénis » et permet, ainsi, l’hétérosexualité. Pour le petit garçon, la position féminine ou homosexualité passive se situe au moment où il se détourne du sein pour se tourner vers le pénis. Le conflit qui va se créer entre cette position et sa position masculine va l'amener ensuite à s'identifier au père et à désirer la mère.

3. Le retour à la mère

Cette position étant conforme à son orientation génitale sera maintenue au temps de l’Oedipe classique dont elle marque le début.

Les relations œdipiennes avec toute leur complexité : comment les relations mère-fils et père-fille façonnent nos couples amoureux ?

Vivre l’Œdipe en tant qu’axe fondateur.

C’est la situation idyllique. «Heureusement existe une issue positive à la situation œdipienne lorsque l’amour entre le père et la mère permet que le père se rende disponible à la petite fille, avec l’accord de la mère. La fille pourra dès lors développer une relation personnalisée avec son père où elle pourra vivre la plénitude de ses élans affectifs, non réprimés ni castrés, étant donnés la disponibilité du père et de la générosité de la mère, rassurée par la nature de la relation avec son mari. Pour une femme adulte, qui décide de « vivre son Oedipe » avec une personne qui symbolise un père, les échanges affectifs normalement, ne suffisent plus, la sexualité génitale étant devenue une dimension essentielle de sa personnalité adulte. Nous pouvons, donc, nous trouver devant le cas d’une fille qui n’arrive pas à vivre l’Oedipe. Elle restera dans la castration et sera portée à chercher le pouvoir pour suppléer à son manque de pénis. Si elle rejoint le père – avec sa connivence ou, parfois, s’imposant à lui – contre la volonté de sa mère, cette prise de pouvoir sera empoisonnée par la culpabilité et la femme ne saura jamais ni exercer un pouvoir positif, ni le partager, ni le donner. C’est seulement quand la fille reçoit le double don œdipien, la disponibilité du père et l’accord de la mère – ou quand la femme adulte décide dramatiquement de vivre son Oedipe -, elle saura exercer un pouvoir non culpabilisé. » (Cahiers de Sophia-Analyse n° 2 pp.21). Nous inverserons les termes de cette équation pour le garçon.

Les ratés de l’Oedipe à l’intérieur de leur couple

« Ils ne sont pas faciles à vivre. Pourquoi ? Simplement parce que c’est répéter dans une situation d’adulte, un comportement d’enfant ou d’adolescent. » (Pierre Daco, in Le rapport mère-fils en question, le complexe d’Oedipe). Le couple, ainsi névrotique, dans ses névroses actuelles vit la répétition (l’inconscient n’a pas de temps) des situations traumatisantes de l’enfance. Choc du sevrage, conflits affectifs. L’Oedipe non vécu ou bien résolu mettra le couple en péril ou le forcera à comprendre les termes de leurs névroses en se mettant au travail dans le cadre d’une psychothérapie de couple.

L’Oedipe, qu’il soit réussi en tant que construction fondatrice de l’individu ou bien raté au sein du milieu familial, lieu « théâtral » où il doit se jouer, induira sur le couple futur à cheminer avec plus ou moins de sérénité ou plus ou moins de difficultés. Soit, l’homme n’est pas disponible pour une femme et est en réalité « l’homme de sa mère ». Il s’agira alors d’un véritable inceste sur le plan symbolique autant qu’existentiel se déroulant sur un plan affectif. L’homme est castré et reste le « petit garçon à sa maman ». Le père, tiers séparateur de l’enfant sur le plan psychique, n’a pas joué son rôle. Soit, la mère de la fille ne lui a pas permis de vivre un Oedipe fondateur avec son père (son mari) et elle sera en quête d’un sauveur idéalisé, « le prince charmant » (le père œdipien non séduit manquant à sa construction narcissique de future femme) et, elle ne sera pas bien disponible pour un homme sexué et réel.

Conclusion des perspectives psychanalytiques :

Le projet de couple doit payer un prix fort pour traverser le mécanisme massif de la projection.

On pourrait, en conséquence, appeler « névrotique » le couple où les projections sont excessives.

Englués dans la symbiose d’abord ; puis, dans l’expérience œdipienne ensuite, nous devrons élaborer ces blessures, avant de tenter de créer un couple « psychiquement » sain où le partenaire ne sera pas instrumentalisé pour combler un manque (solitude symbiotique) ainsi qu’un écran sur lequel nous projetons nos blessures passées ou bien nos désirs frustrés (projection de l’ histoire originelle).

« Si dans un couple, la projection œdipienne est importante, les partenaires structurent sans le savoir une relation d’amour passion, qui permettra la satisfaction de certains besoins. Une fois les projections reconnues (le projet de couple doit payer un prix fort) la question deviendra : « Est-ce que l’autre m’intéresse en tant qu’autre, dans un rapport égalitaire qui implique la rencontre d’un « Je » et d’un « Tu ? » (Cahiers de Sophia-Analyse, pp. 28).

« La blessure narcissique va déterminer la structure personnelle et le destin d’un enfant ; c’est-à-dire, sa façon d’interpréter ses expériences, son attitude par rapport à la réalité, sa façon de se proposer à l’autre et la nature des évènements importants à la rencontre desquels, il ira tout au long de sa vie.

Alors, ce qui va permettre que je puisse retrouver ce que je n’ai pas bien digéré, élaboré comme enfant, c’est un phénomène qui s’appelle la projection. Dans la construction d’un nouveau couple, il y a projection, au tout début, de la mère originelle sur le partenaire. Pour nous, psychanalystes, la projection incarne la peste psychique. Ce que l’on a comme impression dans le couple, c’est que l’on nous prend pour quelqu’un d’autre. Combien de fois on entend : « Mais, je ne suis pas ça, je n’ai pas voulu faire cela, tu l’as interprété. » On sent que l’on devient le personnage d’une pièce et que ça ne nous appartient pas. Qu’on nous accorde une identité qui n’est pas la nôtre. Projection signifie : « je veux voir une réalité actuelle comme si c’était une réalité de mon passé. » Autrement dit, je retrouve une réalité de mon passé à travers quelque chose d’actuel, de présent. La conséquence : « Tu projettes sur moi ça, tu te rends malheureux avec ça et après tu me fais payer cette projection. »

N’oublions pas que la mère originelle frustrante devient la « mauvaise mère ». Mais, n’oubliez pas non plus, que derrière la « mauvaise mère », se cache la bonne. N’oubliez pas que la blessure que la maman nous inflige est particulièrement douloureuse parce qu’elle vient de quelqu’un d’extraordinaire, parce que si notre maman n’avait aucune valeur, la blessure ne serait pas si énorme.

Toutes nos histoires de couple paient le prix des limites qui ont pris l’origine dans cette relation mère-enfant. Quand la relation avec la mère a été difficile, et le reste jusqu’à aujourd’hui, il est difficile d’avoir une belle histoire d’amour. Quand on reste fâché, cette colère se structure dans un projet que l’on appelle le projet destructeur. Mais ce n’est pas la colère qui est destructrice, la colère est anti-esthétique mais ce n’est pas là que l’on agit sa destructivité. La destructivité est agie à froid. Autrement dit, pour recréer une belle histoire d’amour, il faut recréer une bonne mère. Il faut lui rendre la vie. Sa positivité.

Pour avancer, c’est plus intéressant de considérer son partenaire qui a une partie saine (créative) et une autre partie névrotique (négative). Il faut savoir alors si l’on parle avec la partie saine de son partenaire ou bien avec sa partie malade. Quand le partenaire atteint ses limites émotionnelles, c’est important de bien savoir distinguer sa partie saine de sa partie projective. » (Luis Aquino, in cours de psychothérapie de couple).

Solitude et projections en excès dans un couple (couple névrotique) ne permettent pas d’avoir une relation fluide entre les deux protagonistes. Chacun d’eux projetant en fait, ses objets internes (d’abord la mère ; ensuite, le père) sur son partenaire. En fait, ce genre de couple est comme une « espèce de pied de nez » à l’authenticité de l’individu. Les fantômes les habitent : plutôt que d’être ensemble à deux, ils sont en permanence à quatre ou bien à six… dans le jeu fantasmatique de leurs projections inhérentes à leurs objets internes non ou mal identifiés.

Blessure – répétition - conflit

« Notre vie psychique commence à l’apparition de notre première frustration, notre première douleur, de notre blessure narcissique originelle. (…). D’un côté, c’est la blessure qui va déterminer la structure personnelle et le destin d’un enfant, soit sa façon d’interpréter ses expériences, son attitude par rapport à la réalité, sa façon de se proposer à l’autre et la nature des événements importants qu’il rencontrera tout au long de sa vie, son destin. De l’autre, c’est aussi la blessure qui donnera une unité fondamentale à tout effort de réflexion et de cheminement personnel ou psychothérapeutique (…) ». (Luis Aquino, in « Une belle histoire imparfaite, le couple, école d’humanité ») »

Cette blessure est un terroir. Ce terroir, c’est la manière dont je vais rentrer en lien avec le monde et plus particulièrement avec mon partenaire. Par son incidence elle aura l’avantage de mettre en lumière, au sein du couple névrotique, la façon dont cette blessure se réveille, se répète à travers mes projections sur mon partenaire.

Le conflit est désormais ouvert : ainsi, né « le chantier du couple », chantier-terre d’évolution permanente comme le propose le mythe sophia-analytique sur le couple.

La prise de conscience de ce phénomène oblige l’individu à vivre l’expérience de la solitude.

« La psychanalyse propose trois interprétations possibles de l’amour passionnel » :

  • soit l’union œdipienne impossible ;
  • soit la fusion du nourrisson avec sa mère ;
  • soit finalement, le retour à la symbiose intra-utérine.

Projection de l’histoire originelle (le lien à la mère), au-delà de la motion instinctuelle (programme biologique), « l’amoureux (-se) » rencontre généralement une ou un partenaire pour combler le vide ainsi que la solitude (séparation de la symbiose maternelle) et destinée humaine (inéluctabilité). Il attend de l’autre, utilisé comme objet de remplacement et non comme sujet à respecter, de combler ses angoisses ainsi que ses manques personnels. Où est la véritable relation à deux dans ce contexte ? La proposition existentielle, pour éviter la structuration du couple névrotique avec sa masse de projection, de faire l’expérience de la solitude avant d’aller à la rencontre d’un compagnon de route.

« L’amour est la seule réponse valable au problème de la solitude. L’union symbiotique n’est pas l’amour. » (Erich Fromm, in L’art d’aimer)

"Fromm part de l’idée que l’homme se détache progressivement de la nature d’où il provient et perd la modalité d’union qu’il a avec elle pour en établir une autre. En se détachant ainsi, l’homme a le sentiment d’être seul ; ce qui n’est pas le cas de l’animal, inexorablement lié à la nature. C’est le grand drame de l’homme. Ce sentiment de solitude est source d’anxiété et d’angoisse, et à l’extrême de désespoir et de folie." (Cahier n°1 de Sophia-Analyse, pp16).

Pour l’Homme, traverser seul sa propre solitude est le seul chemin de maturation possible. J’ai envie de dire que cette motion est plus un retour en lien avec la destinée ainsi qu’avec le contact de ses origines : la Nature. Et ce, en opposition avec le concept de culture dans la bipolarité de la théorie psychologique Nature-Culture ! Quand aura-t-il assez réinvesti ses forces primordiales pour que cette notion de solitude se traduise enfin, en avancée culturelle, à intégrer dans une évolution constante, exponentielle ainsi que permanente ?

Dans la nature, dans la jungle, dans les forêts profondes, les mamans-oiseaux, tigres, lions ou autres, poussent littéralement leurs enfants du nid. Elles les jettent, elles les abandonnent car « elles savent » instinctivement, qu’ils seront voués à la mort certaine et ainsi, ne pourront pas perpétuer l’espèce, remplir le programme biologique pour lequel ils sont conçus. Par ailleurs, l’homme prétentieux, se croit encore et toujours au-dessus des lois naturelles. Non seulement, il est le dernier arrivé dans la pyramide de la chaîne trophique et, il est, quoi qu’il en pense, totalement dépendant de la nature ainsi que des animaux qu’il méprise. L’homme s’imagine évolué mais il ne vit que les travers psychiques de sa Culture.

Une mère gardera son fils auprès d’elle pour « tuer » sa solitude mais elle brisera ainsi deux destinées : sa possible vie de femme future à la rencontre d’un homme ou avec son mari… La castration, la mort psychique qu’elle impose à son fils en tant qu’inceste existentiel freinera son développement ainsi que l’évolution identitaire de ce dernier. Elle vit là, la fusion amoureuse avec son fils plutôt qu’avec son partenaire (qui est peut-être absent émotionnellement) en ne vivant pas l’expérience de sa solitude ainsi que son autonomie psychique. Une mère déstabilisée par les tentatives d’autonomie de son enfant peut le menacer d’une destruction complète.

« Si nous associons la solitude à la perte de rapports affectifs avec les parents, que nous remplaçons simplement par des rapports affectifs avec un partenaire, il ne s’agit pas vraiment d’amour mais de substitution, qui ne résout pas le problème de la solitude. Autrement dit, si je passe d’une mère à une « autre mère » ou d’un père à un partenaire-père de remplacement, ce passage ne peut être considéré comme de l’amour ; nous restons seuls. L’affection entre la mère et son enfant suppose une disparité dans le fait de donner et de recevoir, alors que dans l’amour, il s’agit d’une relation égalitaire. L’affection est le rapport du père de la mère avec son enfant, tandis que l’amour est le rapport affectif de deux partenaires. La différence entre l’amour et l’affection se situe dans la disparité ou la parité du rapport. Mais pourquoi l’amour de substitution n’est-il pas suffisant ? »

« Le problème de la solitude ne se vit qu’en vivant la solitude. Alors seulement, on peut être avec quelqu’un, non pour échapper à la solitude mais pour se donner à lui. « L’amour ne peut naître qu’à partir d’un don de soi, pas s’il y a volonté de pouvoir. L’homme et la femme sont tous deux concernés par cette tentation du pouvoir, et chacun utilise ses propres armes. L’enfant qui a connu le problème de la solitude, sans y trouver une réponse adéquate, répond à son besoin d’union en possédant l’autre ». (Cahiers de Sophia-Analyse, pp. multiples)»

« L’homme est absolument seul sauf quand il assiste autrui. » (Erich Fromm, in L’art d’aimer pp. 91).

« On a opposé la passion à l’action du fait de sa dimension subie, voire passive, soumise à des phénomènes extérieurs, aux circonstances ou au destin. (…). Dans l’Antiquité, elle est interprétée comme douloureuse et fatale condition de l’être humain. Elle est regardée comme force dangereuse et menaçante pour la raison à l’époque Classique, où elle devient presque un vice. En revanche, elle est exaltée à l’époque romantique. Erasme en a pourtant fait l’éloge, car la passion peut être aussi une tentative extrême, un effort sublime et surhumain de dépassement des limites humaines. (…). L’homme en vit (accrochage originel à la vie, note de Patrick Fraselle) et partout il s’en méfie. » (Jean-Georges Lemaire, Comment faire avec la passion ?, pp. 11).

L’identité du partenaire se libère en même temps que la capacité de mieux se rapporter à la réalité environnante.

Il apparaît, en tant qu’existentialité de la condition humaine, que la solitude est un fondement psychique. Il est possible, par avancée personnelle et/ou psychothérapeutique ; et, débarrassés de nos projections, en ayant identifié nos objets internes, de traverser notre solitude. L’individu ainsi nettoyé de ses travers émotionnels, psychiques, tant que quotidiens aura un autre projet de vie. L’identité du partenaire potentiel sera, dès lors bien envisagée, comme permettant de faire un saut qualitatif dans la dimension relationnelle et non plus comme étant une compensation névrotique.

Au-delà de la sexualité instinctuelle (jeu sujet-objet, avant de devenir un sujet à part entière et humanisé, l’autre est d’abord un objet de désir : l’humanisation ainsi que la culture, changeant les données), et d’abord humainement ainsi qu’affectivement, il sera envisagé comme sujet à part entière et non comme objet de remplacement en tant qu’amour passionnel. La réalité relationnelle devenant alors concrète et plus authentique. L’individu ainsi libéré de ses projections, de ses objets internes (véritables incarnations émotionnelles) ainsi que de sa paranoïa, pourra, dès lors, sortir de sa réalité fantasmatique et rejoindre la « réalité environnante » dont il tirera les fondements ainsi que la créativité permanente (évolution constante).

« L’amour est un pouvoir actif et non passif ; il est action et non passion. » (Erich Fromm, in L’art d’aimer).

Après mes recherches sur le couple à travers le filtre psychique ; je ferai une lecture du couple au regard de l’anthropologie passée et actuelle. J’effectuerai une synthèse des deux lectures pour tenter de répondre à la question initialement posée. Ma position est de défendre la proposition sophia-analytique que je trouve particulièrement riche ainsi que très pertinente pour ses modèles théoriques sur le couple. A travers ces données scientifiques, je défendrai la troisième partie de ma question : « Utopie utile ? »

Point de vue anthropologique : le couple et le mariage, comme cadre où l’humanité tente d’apprivoiser ou d’humaniser la pulsion sexuelle.

Notes sur le mariage dans l’histoire moderne (de l’Antiquité….à nos jours).

Discussions

« Faire un couple, c’est engager une relation « privilégiée » avec une personne ; c’est différent de cumuler les différentes expériences. Le couple s’inscrivant alors dans le temps, sur la longueur. Le couple accepte, dès lors que cela puisse être difficile, pour avancer ainsi que se solidifier. » (Luis Aquino, in « Séminaire sur le couple »).

« Les conflits trouvent leurs traces et souvent leur origine dans les compromis inconscients ayant conduit les deux personnes à se préférer, à se coaliser plus ou moins dès le moment de leur choix mutuel. La faille du couple trouve déjà son origine dans ce premier choix. » Jean-Georges Lemaire

« Le mariage doit incessamment combattre un monstre qui dévore tout : l’habitude. » Honoré de Balzac

Préalable

« Dans le principe la femme mariée est livrée à l’homme, elle devient sa moitié, elle prend son nom, c’est la porte ouverte à la tyrannie. L’époux qui tombe dans le piège que la société lui tend, joue au souverain dans sa maison, donne des ordres, tempête, crie et considère le moindre acte d’autonomie comme une rébellion. L’épouse, même si elle est au début tout acquise au prestige du mâle, ne tarde pas à discerner ses faiblesses et ses injustices. Soit elle se résigne, se pose en victime et devient un silencieux et vivant reproche, soit elle entre en lutte ouverte et s’efforce à son tour de le tyranniser, soit encore elle oscille entre deux attitudes, tantôt masochiste tantôt sadique. Certaines femmes ont choisi de s’attaquer sournoisement au moral de leur mari, de saper sa confiance en lui, de lui donner un complexe d’infériorité. D’autres s’imposent, conquièrent un ascendant moral, une influence manipulatrice. D’autres encore se refusent sexuellement, flirtent, rendent jaloux et trompent un époux qui se sent humilié dans sa virilité. » (Paule Salomon, La femme solaire, la fin de la guerre des sexes, pp.144)

Ceci est un autre « état des lieux » (le premier était l’humour féroce) du projet de couple inscrit dans le creuset du mariage, avec ses travers dynamiques névrotiques et sociologiques. Je vais explorer le couple à travers le mariage le l’antiquité à nous jours, en passant par l’Ancien et le Nouveau Testament. Obligations biologiques, travers social, le couple impose son chantier psychique. Ces matériaux donnent naissance à l’analyse du couple en tant qu’entité. Un couple est en effet, considéré comme une seule personne. Deux inconscients en une seule instance dynamique, des interactions rentrant en collision. Un couple étant deux névroses qui s’emboîtent. Historiquement et sociologiquement, cela deviendra le point d’impact des travaux psychanalytiques d’Erich Fromm (L’art d’aimer), de Jean-Georges Lemaire avec son premier livre sur le couple (Les thérapies du couple) et de l’ouvrage de Luis Aquino (Une belle histoire imparfaite, le couple école d’humanité). Ce dernier ouvrage expliquant et étayant toute la théorie sophia-analytique sur le couple considéré en tant que mythe positif, créateur du possible devenir pour l’alliance de l’homme et de la femme. La psychothérapie de couple est née.

« Des épouses pour la procréation d’enfants légitimes, des concubines pour les soins de la vie quotidienne, des prostituées pour le plaisir ». (Plaidoyer grec du IVème siècle av. J.-C.).

Voici, ainsi, le rôle des femmes clivé en trois parties…

Qu’est-ce que l’histoire nous apporte comme renseignements à ce sujet ?

« Patriarcat ou matriarcat ? Pendant les milliers d’années du paléolithique et du néolithique, il a été établi que la notion de divinité était féminine. Les femmes jouissaient d’un prestige de rayonnement et d’un rôle civilisateur que nous avons encore difficile à imaginer dans notre état d’esprit actuel. Il serait abusif pourtant de parler de matriarcat. Il faut bien reconnaître que toutes les spéculations sur les civilisations primitives ne sont que des hypothèses. L’hypothèse du matriarcat a fait fureur au XIXème siècle avec les évolutionnistes, l’allemand Bachofen, l’anglais Morgan et Friedrich Engels lui-même. Elles s’appuyaient sur l’observation que la filiation mère-enfant était première, que l’ascendance était établie à partir de la mère, et que ce n’est que bien plus tard que la notion de paternité a été comprise. Les hommes auraient repris le pouvoir, les biens et les titres en même temps qu’ils affirmaient leurs valeurs guerrières de force et de domination… » (Paule Salomon, in La femme solaire, la fin de la guerre des sexes, pp.51).

« Dieu est le symbole dans lequel l’être humain, à un stade antérieur de son évolution, a exprimé la totalité de ce à quoi il aspire, le royaume spirituel où règne amour, vérité, justice. » (Erich Fromm, in L’art d’aimer, pp. 90, p1).

Point de départ pédagogique, sans doute, je propose qu’il quitte Dieu (hypocrisie de la bonne action et théocratie encore) et que l’Homme incarne enfin lui-même ses propres aspirations : amour, vérité, justice.

 

Couple et famille dans l'Ancien Testament

« Depuis l’aube de l’humanité et dans toutes les cultures, le mariage a eu pour seul objet la prise de pouvoir par l’alliance avec un individu, un groupe, une lignée. En instaurant la monogamie, le mariage occidental s’est adjoint une nouvelle fonction : pérenniser une alliance durable par une asymétrie de biens et de pouvoirs, en assignant la femme, considérée depuis Aristote comme un sous-homme, à la dépendance. La récente explosion du divorce est essentiellement liée à l’accès des femmes au monde du travail et à la « tendance » à l’égalité des revenus, qui lui permettent d’accéder à une autonomie financière. »

« L'amour et le mariage sont-ils vraiment incompatibles ? D'abord utile à la survie des individus dans une société fondée sur le partage sexuel des tâches et sur l'insertion dans un réseau de solidarités, le couple s'est construit dans l'imaginaire des humains, depuis la Renaissance, sur les réflexions de l'Humanisme, des Réformes et du Catholicisme. Pour triompher, il lui a fallu ébranler les logiques familiales établies et s'imposer dans le mariage, en y intégrant l'amour. Si l'autorité soutenait les familles et donnait pouvoir aux parents de décider de l'avenir de leurs enfants, l'Église rappelait que la liberté individuelle était un principe fondamental et insistait sur la qualité de l'amour conjugal. »

« En effet, que deviennent les sentiments intimes lorsque les mariages sont arrangés ? Que penser de la relation conjugale lorsqu'un libre choix n'en est pas l'origine ? La question traverse les époques. Au XVIIe siècle, l'amour est tantôt perçu comme un défi personnel qui révèle la qualité des êtres, tantôt comme un danger. Au siècle des Lumières, (XVIIe) siècle où l’on se met à rêver d'une vie conjugale paisible apportant un bonheur familial sans ombre. La Révolution fait le pari qu'en changeant les conditions sociales et politiques, on assurera enfin les mariages d'amour. En réalité, l'opposition entre les sexes sort renforcée de cette période, le dialogue dans le couple paraît compromis. Pourtant, l'aspiration à un équilibre entre les attentes personnelles et les logiques familiales demeure. À partir des années 1880, le mariage d'amour s'impose, rendant possible le triomphe du couple qui progressivement se charge d'érotisme et de sensualité. Reposant exclusivement sur l'affection et la séduction, le couple est désormais menacé par la fragilité des sentiments. Des gens mariés du XVIIe siècle aux concubins du XXe, en passant par le ménage bourgeois du XIXe, le couple a subi de multiples métamorphoses. À l'heure du Pacs, est-il encore une valeur de référence ? » (PACS, Pacte Civil de solidarité : il s'agit d'un partenariat contractuel entre deux personnes majeures (les partenaires), quel que soit leur sexe, ayant pour objet d'organiser leur vie commune).

Le Christianisme

« Dès la Genèse, Dieu donne l'ordre à Adam et Ève de peupler la terre : « Croissez et multipliez-vous ». Même si, après le péché, cela vient se combiner avec la terrible malédiction : « Tu enfanteras dans la douleur ». Les chrétiens condamnèrent tout contrôle de la fécondité qui permettait le plaisir mais empêchait la procréation. Bien mieux, l'Église se vantait d'être la seule à s'opposer à l'abandon et à l'infanticide. Avortement et contraception furent considérés, par les premiers chrétiens, comme des pratiques similaires, à savoir des tentatives pour profiter des plaisirs du sexe, sans engendrer d'enfant. Les chrétiens pouvaient ainsi qualifier de « meurtre » la contraception. L'Église romaine condamne tout acte conjugal volontairement amputé de sa vertu procréatrice. Toutefois si le plaisir sans procréation est condamné, l'abstinence peut être glorifiée de valeurs positives, enseignées par l'Église : le sens de la responsabilité et la maîtrise de soi, l'amour conjugal qui peut amener un mari à vouloir éviter à son épouse des grossesses répétées et toujours redoutées, l'attachement à l'égard des enfants que l'on pourra élever avec d'autant plus de soin qu'ils seront moins nombreux. »

L’Église castratrice, défendant le concept d’âme pure en opposition au corps souillé est bel et bien, contre la sexualité non normative et entrevue en tant que plaisir personnel.

« Il créa, dit la Genèse, «L’homme à son image : homme et femme il les créa». La ressemblance en question - entre Dieu et l’humanité - n’est évidemment pas celle d’une identité sexuée, mais celle d’une vocation à aimer, comme le dit Jean-Paul II dans ce qui demeure le texte de référence du magistère catholique pour le sujet qui nous occupe. « Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance : en l’appelant à l’existence par amour, il l’a appelé en même temps à l’amour ».

« D'autre part cependant, on aurait assez volontiers l'impression que rien n'a, autant que la sexualité, réussi à ébranler les fondements mêmes de la civilisation judéo-chrétienne traditionnelle, que rien n'a aussi puissamment contribué à instaurer les bases de notre modernité; rien, sinon peut-être la raison, avec laquelle cette «sexualité moderne» a d'ailleurs eu souvent, et significativement, partie liée. De la contestation - avec Luther et la Réforme - de l'«ordre célibataire» catholique au «libertinage» du siècle des Lumières; des utopies amoureuses de Fourier à la théorie bolchévik du «verre d'eau»; des alcôves du Marquis de Sade au divan du docteur Freud; des pétitions de Magnus Hirschfeld aux bannières de Wilhelm Reich; des enquêtes de Kinsey aux statistiques de Master et Johnson, il semble en effet que le refus de l'«ordre sexuel» ait à maints égards été le moteur d'un refus plus global de l'ordre ancien et de ses racines religieuses, qu'il ait servi en quelque sorte de drapeau à l'émergence d'un ordre neuf, profane et séculier. »

Jean-Paul II, pape réactionnaire est bien connu pour son rejet des homosexuels ainsi qu’à sa propension à prêcher l’abstinence pour se protéger du SIDA plutôt que d’utiliser des préservatifs. Véritable état dans l’état, l’Église se mêle plus de politique active plutôt que de semer l’Amour et la beauté.

« Cela veut dire, entre autres, qu’une lecture chrétienne de la Genèse voit immédiatement dans la famille une projection de la Trinité : Dieu est, en lui-même, une cellule d’amour (Père-Fils-Esprit), c’est même ce qui le définit, et c’est cette définition qui l’a poussé, comme une nécessité intérieure, à l’acte créateur. Sa créature n’a donc d’autre vocation que d’aimer, comme elle est aimée. L’homme et la femme existent pour aimer, pour s’aimer, dans la totalité de ce qui les fait être : corps (d’où l’importance positive de la sexualité, traduisant dans la chair l’unité de ces deux êtres appelés à s’aimer) et âme (dimension spirituelle, à ne jamais évacuer, sous peine de réduire la conjugalité à la génitalité). Cette relation d’amour est, d’entrée, marquée par le péché (« le fruit défendu »), mais que la Bible n’assimile nulle part à la sexualité ! Et cet amour est appelé à se déployer, selon deux modalités possibles : le mariage (auquel aboutissent d’emblée les deux récits de la Création dans la Genèse) ou la virginité.

Évidemment pour les religions, toutes créationnistes (Dieu a créé l’Univers), il est orgueilleusement difficile d’admettre notre puissance animale darwinienne… Ou plus basiquement l’Église veut-elle s’approprier l’avantage de la création de l’univers…

Couple et famille dans le Nouveau Testament

« Si l’on passe de l’Ancien au Nouveau Testament, on tombe immédiatement, bien sûr, sur le modèle de la « Sainte famille », au sein de laquelle Jésus a grandi, et dont l’imagerie, vieille et souvent mièvre, peine à être dépoussiérée… Notons seulement l’importance accordée par les « évangiles de l’enfance » à la généalogie de Jésus : il s’agit d’inscrire le Fils de Dieu dans l’histoire des hommes, et ce par le canal de la filiation. »

Couple et famille pour l’Église (catholique)

« La Bible inscrit toujours l’amour humain, quand il est mis en œuvre positivement (et non par renoncement), dans le cadre du mariage. »

Cette affirmation se décline à plusieurs niveaux, la constitution d’un couple (hétérosexuel, pour faire droit à la différence originelle et donc structurante), fondée sur quatre piliers : liberté, fidélité, durée (indissolubilité) et fécondité ;

  • L’ouverture de ce couple au don de la vie : en ayant des enfants (toujours la Genèse : « Croissez et multipliez… »), par les moyens que la nature (c'est à dire Dieu) lui a donnés, pour que le projet conjugal ne se referme pas sur le seul plaisir et le bonheur des époux, mais aussi en s’engageant dans le monde (« Emplissez la terre et soumettez-la ») ;
  • L’inscription de l’amour conjugal et familial dans la communion d’amour entre Dieu et les hommes, dont l’Église est le « sacrement », c'est-à-dire signe et moyen privilégié pour la réaliser (Cf. Saint Paul : l’homme doit aimer sa femme comme le Christ aime l’Église…)

En fait, la vision chrétienne de la famille repose sur l’affirmation d’une analogie profonde entre les fondements de cette institution et la relation entre Dieu et l’humanité : la famille est essentiellement et fondamentalement une affaire d’alliance – non seulement d’un homme et une femme qui se marient et ont des enfants, mais entre Dieu et son peuple, alliance dont le mariage et la famille sont le symbole – au sens le plus fort de ce terme.

La famille constitue, aux yeux de l’Église, «le» lieu privilégié où l’homme peut faire l’expérience de sa vocation fondamentale, qui est d’aimer et d’être aimé. «L’avenir de l’humanité passe par la famille», dit Jean-Paul II.

Cet amour partagé doit porter du fruit, en permettant à chaque membre de la «cellule familiale» de grandir, de s’épanouir et de réaliser ce à quoi il est personnellement appelé ; puis en produisant de la vie autour de lui, au-delà du «cercle» de la famille, tant au sein de la communauté chrétienne qu’en s’engageant dans la société pour la rendre plus humaine. A noter, dans la doctrine catholique l’insistance sur la dignité de la femme et sur ses droits, de même que pour les enfants.

Cet idéal familial n’est pas naïf pour autant : l’Église («experte en humanité») sait bien que la famille est aussi, par nature, un lieu de conflits et d’échecs, de solitudes et de blessures, d’infidélités de tous ordres et de ruptures. La noble réalité de l’amour conjugal et familial peut être dévoyée, et il faudra toujours discerner comment elle est réellement déployée (fusion ou accueil d’une altérité, égoïsme à deux ou couple ouvert à la vie autour de lui, soumission aux pulsions ou bien écoute de l’autre…) Mais l’Église maintient sa confiance envers cette réalité-là. Non pas tellement comme une institution à préserver à tout prix, mais parce que la famille permet à l’homme de vivre une dynamique d’amour.

D’un point de vue catholique romain le combat pour la famille est au service de la société, dont elle constitue une cellule de base, une sorte de «petite société» à l’échelle domestique. Faire vivre une famille selon l’éthique évangélique, c’est alors promouvoir pour toute la société des relations d’amour, de solidarité et de respect envers chacun (en commençant par les plus faibles, les plus jeunes, les plus âgés, les handicapés…), en acceptant les différences et en apprenant à pardonner… Sans jamais oublier le souci de défendre la vie en tous ses moments, depuis sa conception jusqu’aux derniers instants. »

Ceci est encore un mensonge de l’Église, le « défendre la vie » car les antis IVG imposent à une femme à accepter un enfant dont elle ne veut pas ou bien qui arrive trop tôt dans sa vie. C’est à mon sens bousiller deux vies plutôt que d’exalter la vie.

« La religion, hormis ses travers, a pu aider l’humanité. Car de la jungle de la Nature, elle a pu, à une époque donnée, créer des règles et des valeurs (les siennes malheureusement avec ce qu’elles ont de bon et de mauvais à la fois !), pour aider l’Homme à élaborer une morale (surmoi positif) ou bien une éthique (valeur en évolution) ». (Cf. Luis Aquino dans Cours de psychanalyse).

En effet des sentences comme : «Tu honoreras ton père et ta mère», « Tu ne tueras point », « Tu ne voleras point ». Etc., s’avèrent être des valeurs (Surmoi collectif) permettant de vivre en société.

Hormis cette avancée, la puissance judéo-chrétienne (véritable état dans l’état) ne propose que des comportements rétrogrades : refus de l’avortement, haine des homosexuels, refus du préservatif pour protéger du sida, sexualité entrevue comme péché en dehors de la (sous)mission procréative.

« Donc sur le noble fond, d’une éthique en devenir on trouve dans la Bible toute la gamme des plus belles réussites et des pires trahisons de l’idéal conjugal et familial. »

«Tu ne commettras pas d’adultère», «Tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain», brident le pulsionnel et l’expérientiel de l’homme ; donc, sa créativité (le Soi) issu de l’identification de sa destructivité. Permettant de faire une avancée positive. En cela, l’Église est bien rétrograde ainsi que sous le couvert d’une dialectique bien construite, semble être contre la vie que plutôt pour…

 

A propos du sentiment océanique

« (…). L'un de ces hommes éminents se déclare dans ses lettres mon ami. Je lui avais adressé le petit livre où je traite la religion d'illusion ; il me répondit qu'il serait entièrement d'accord avec moi s'il ne devait regretter que je n'eusse tenu aucun compte de la source réelle de la religiosité. Celle-ci résiderait, à ses yeux, dans un sentiment particulier dont lui-même était constamment animé, dont beaucoup d'autres lui avaient confirmé la réalité, dont enfin il était en droit de supposer l'existence chez des millions d'êtres humains. Ce sentiment, il l'appellerait volontiers la sensation de l'éternité, il y verrait le sentiment de quelque chose d'illimité, d'infini, en un mot : d'« océanique ». Il en ferait ainsi une donnée purement subjective, et nullement un article de foi. Aucune promesse de survie personnelle ne s'y rattacherait. Et pourtant, telle serait la source de l'énergie religieuse, source captée par les diverses Églises ou les multiples systèmes religieux, par eux canalisée dans certaines voies, et même tarie aussi. Enfin la seule existence de ce sentiment océanique autoriserait à se déclarer religieux, alors même qu'on répudierait toute croyance ou toute illusion. » (Sigmund Freud (1929), Malaise dans la civilisation (trad. française, 1934).

« C'est à la fin des années 1920, lors d'une correspondance échangée avec Sigmund Freud, que l'écrivain Romain Rolland évoque pour la première fois le sentiment océanique. La discussion porte en fait sur le sentiment religieux. Freud vient de publier « L'Avenir d'une illusion » dans lequel il analyse la religion comme une forme de régression de l'adulte vers les émotions de l'enfance. La soumission des hommes vis-à-vis de Dieu est comme celle du petit enfant qui éprouve le dénuement et la fragilité. Face aux épreuves de la vie, celui-ci en appelle à une figure paternelle idéale ? Dieu ? Censée lui apporter protection et soutien.

Romain Rolland, esprit mystique tourné vers la spiritualité orientale, refuse de réduire la religion à une régression psychologique. Il évoque un autre état de conscience : le « sentiment océanique », impression étrange de fusion avec le cosmos, où la conscience se dissout dans un grand tout.

Ce sentiment océanique a été décrit par de nombreux mystiques qui ont fait des expériences similaires, qu'elles soient religieuses ou profanes. Mais c'est à la religiosité indienne que le sentiment océanique est souvent assimilé. » (Jean-François Dortier)

« Le sentiment océanique dont parle Freud, notion de psychologie inventée par Romain Rolland, le sentiment océanique se définit comme la volonté de faire un avec le monde hors de toute croyance religieuse. Selon Freud, qui débattit de cette notion dans son « Malaise dans la civilisation », il n'est pas à l'origine du besoin religieux parce que celui-ci provient plutôt des sentiments de désaide infantile et de désirance pour le père, remplacés plus tard par l'angoisse devant la puissance du destin. »

Monde microscopique, véritable planète-satellite autours ainsi qu’à l’intérieur de la mère, le paradis perdu du fœtus, génère, plus tard, chez l’homme le sentiment océanique. Angoisse de la solitude ainsi que de la séparation (abandon), l’homme tente d’incarner l’Univers surdimensionné. Pour se mettre en lien avec cette matrice universelle, l’Univers (relevant d’un entendement totalement inexplicable pour un cerveau humain), il crée l’attachement névrotique à l’Église. La peur de la mort ainsi que de la séparation, génère, chez l’homme, la création fantasmatique du jardin d’Éden, d’éternité et de Dieu tout puissant. « Dieu » n’est qu’un concept émotionnel. C’est de la pure production névrotique. C’est, dès lors, comprendre pourquoi l’homme a besoin de la naïveté de la religion… Concept de non-séparation avec la mère l’Église en lien avec sa mère originelle. Prolongation, tentant ainsi, de déjouer l’angoisse de base (sevrage ainsi que dynamique chaud-froid de l’expulsion intra-utérine).

L'Antiquité

« Le premier souci du couple romain était d'avoir des enfants et d'assurer sa descendance. Ce sont des enfants que dépendaient la préservation de la famille, des biens, la perpétuation du nom, la conclusion d'alliances familiales, l'entretien des parents âgés et l'exécution des rites funéraires après leur décès. Les lois romaines reflétaient l'intérêt que l'on portait à

Le tournant du XVIIIe siècle

« De nombreuses recherches prouvent que, dès le milieu du XVIIIe siècle, la majorité des familles pratiquaient la contraception. A la fin du siècle, les familles contraceptives semblent devenir la règle. Mais celle-ci provoque des réactions. Fernand Braudel (historien), dans un ouvrage, cite de très nombreuses condamnations des pratiques contraceptives, formulées alors tant par des clercs que par des démographes, des économistes ou des hommes politiques. La plupart y voient l'effet du luxe et de l'égoïsme, indifférent aux devoirs envers un pays qui a besoin d'enfants pour ses guerres et ses manufactures. »

Mariage monogame et polygame

« La polygamie se veut une manifestation de puissance, et d'abord de puissance sexuelle de la part du mâle qui la contrôle. Mais elle a été aussi, au long de sa très ancienne histoire (bien avant l’Islam) un outil politique. La Bible en offre de clairs exemples. Prendre possession du harem du souverain, ou séduire une de ses concubines, c’est affirmer une prétention d’usurper son pouvoir. Si cette polygamie « de prestige » où que ce soit, est réservée aux puissants, les contraintes familiales, le besoin de s’assurer une descendance peuvent aussi susciter une polygamie «utilitaire». La fécondité, des « maîtres de harem » peut être une gloire mais aussi un danger potentiel avec le nombre parfois très élevé de descendants. Ceux-ci ne voient pas leurs droits clairement définis et peuvent se lancer dans des guerres de succession et des batailles incessantes.
D’où l’avantage de la monogamie. Peu de garçons, et un principe simple de choix, la primogéniture (l’héritage revient à l’aîné), plus difficilement applicable à une famille polygame (la hiérarchie des mères jouant forcément aussi). »

Survol historique

« Aujourd'hui nous associons prioritairement cette pratique à l'Islam; pourtant la polygamie est loin d'être propre à cette religion, les Écritures et autres livres saints abondent de preuves qu'elle était reconnue comme pratique courante chez les Hindous, chez les Zoroastriens et les Juifs.

Elle remonte jusqu'aux premiers témoignages écrits concernant la vie amoureuse entre hommes et femmes depuis l'antiquité. Sans aller jusqu'à la conseiller, l'Ancien Testament ne s'y était guère opposé. Il la tolérait sans aucune restriction, contrairement à l'Islam qui la soumet à des conditions draconiennes. La Genèse nous décrit une société patriarcale polygame. Le harem de David est célèbre et celui de son fils Salomon l'est encore plus. Bien avant eux Abraham et Moïse étaient polygames.

Les sociétés égyptiennes - sauf pour le pharaon -, grecques et romaines étaient résolument monogames. La monogamie signifie que l’individu cohabite avec une seule femme. Elle ne veut pas dire en effet que le mari n’a pas de concubines ou n’use pas de ses servantes, elle signifie simplement qu’une seule femme lui donnera des enfants légitimes… Elle ouvre ainsi un espace de liberté au bénéfice exclusif de l’époux. La monogamie n’est en effet pas liée à la fidélité masculine

A l’inverse, les jeunes femmes doivent offrir leur virginité à leur époux et lui rester fidèles toute leur vie. Ce qui est répréhensible, c’est pour la femme, de tromper son mari, et non l’inverse… Pendant l'Antiquité, peu d'interdits freinaient la sexualité, faire l'amour était considéré comme une activité naturelle. Les invasions germaniques mettent l'Empire en contact avec un autre mode familial où 40 à 50 personnes vivent sous le même toit, le chef, ses épouses et leurs enfants. C'est à cette dernière tendance que va se heurter l'Église. Sous l'influence du Christianisme en effet, une nouvelle éthique sexuelle s'impose au moyen-âge en Occident. Le plaisir de la chair est condamné au profit de la virginité tant pour la femme que pour l'homme.

Au Xème siècle, le modèle d’une relation conjugale fondée sur la fidélité mutuelle d’un seul homme et d’une seule femme s’impose dans toute l’Europe chrétienne. Ce sera difficile à faire admettre aux souverains, très soucieux d'assurer leur descendance; certains risqueront d'ailleurs l'excommunication pour ce motif. La monogamie est une notion qui restera pourtant étrangère à une grande partie de la planète… Actuellement, malgré un recul de la polygamie au profit de la monogamie, certains groupes culturels restent polygames, comme les peuples de culture islamique et un grand nombre de sociétés tribales dans le monde entier. »

Le Coran et son interprétation aujourd’hui

« La loi islamique autorise à prendre pour épouses légitimes jusqu'à quatre femmes en restant équitable. Être équitable veut dire ici que le mari doit consacrer les mêmes droits à chacune de ses épouses : équité dans le temps passé auprès de chacune d'elle, équité financière, équité dans l'estime et l'amour. Aucune préférence même légère envers l'une d'entre elles ne peut être admise. Tout le monde serait d'accord pour dire qu'une telle condition dépasse la capacité voire la nature humaine, c’est pour cela que l’Islam a limité le nombre d’épouses à quatre. Notons également qu'une femme ne peut être forcée à devenir une seconde épouse. La première femme qui n'accepte pas une situation de polygamie a le droit de demander le divorce. Dans certains pays musulmans (à leur tête la Tunisie), la polygamie a été interdite. D'autres estiment que la restriction du nombre de femmes est contraire à l'Islam, se basant sur le fait que l'on ne peut interdire ce que Dieu a permis. »

Polygamie et culture

« Les règles sur la polygamie peuvent différer fortement en fonction de la culture du groupe social. Dans la religion catholique, la polygamie a souvent été un sujet à controverses. La position des textes religieux n'est pas clairement définie. Certains sont polygames parce que le(s) dieu(x) étai(en)t ainsi, d'autres sont monogames pour la même raison. La France, la Belgique et beaucoup d’autres pays occidentaux dont le système marital est basé sur la monogamie, punit la polygamie par le code pénal.
La polygamie « officielle » est dès lors interdite. Ce qui n'empêche personne d'avoir une ou plusieurs relations extraconjugales et des enfants conçus en dehors du mariage officiel. La polygamie devient ainsi cachée, mais reste quand même bien présente.
Dans les pays en voie de développement, l'alphabétisation et le développement culturel de la femme font reculer la polygamie. Elle se révolte contre la surpuissance du mari et se libère progressivement. »

Les droits de l’homme et de la femme !

« La polygamie n'a jamais été de pair avec le développement de la liberté de la femme.
La polygamie ne respecte vraiment pas la personne humaine. Les hommes peuvent sourire en rêvant de polygynie, mais je ne crois pas que les femmes acceptent le cœur léger de faire partie d'un harem. Au sein de la famille, elle semble inévitablement introduire un déséquilibre entre les époux, On sait qu'elle induit souvent des relations de privilèges au sein du « harem », avec un retentissement possible sur les enfants dont le statut est lié à celui de leur mère. Elle produit aussi un déséquilibre social qui ressemble par certains aspects au comportement animal du « mâle dominant » qui pèse sur la reproduction des « mâles dominés » et qui accapare les « femelles » réduites à l'état d'enjeu ou de proie. Cela ne signifie pas qu'automatiquement la polygamie soit source de malheur mais il est fréquent qu'elle soit associée à un imaginaire où l'un des sexes est revêtu d'une toute puissance et l'autre dépouillé de sa dignité. »

« La polygamie est pratiquée par plus ou moins 50 pays. Il s’agit pour la plupart de pays majoritairement musulmans (à l’exception de la Turquie et de la Tunisie qui l’ont abolie en 1957), quelques pays animistes africains ainsi qu’en Amérique du Nord (États-Unis, Canada). »

Mixage de données

Au regard de l’histoire, il y a une confusion entre trois concepts : celui de la famille, celui de la sexualité et enfin celui de couple. Un couple n’existant pas pour lui-même mais étant rempli d’une mission qui est celle de pro-créer (créer pour…), avoir ainsi des enfants et instituer une cellule familiale. C’est finalement une institution autant morale que biologique. Le couple pour lui-même, en tant que binôme interactif avec la société (couple créateur, socialisé et positif) n’existe pas. Ou, il y a une dévalorisation de la sexualité ; ou, elle est placée dans le cadre d’une surenchère patriarcale donnant à la femme un statut d’objet plutôt que de sujet. Elle est aussi fustigée par l’Église qui prend autant de pouvoir de persuasion que la politique courante. La sexualité étant aussi cycliquement débridée ou bien bridée selon les cultures et les époques historiques. L’humain est-il obligé de faire « une construction » interactionnelle avec ces trois ingrédients ? Aussi, peuvent-ils s’emboîter sans droit de préséance logique ? Ou bien marcher (fonctionner) l’un sans l’autre comme dynamique vivante autonome dans un désordre organisé selon la névrose ou bien le désir de chacun ?

Aujourd'hui, la polygamie est un sujet « tabou » car notre siècle est celui de la libération de la femme. Dans les sociétés occidentales où le système n'accepte pas les mariages multiples, il serait impensable de légaliser cette pratique. L'image d'un homme ayant plusieurs femmes est perçue comme un esclavage de la femme. Pourtant, ces mêmes sociétés monogames ont établi un système qui reconnaît la difficulté voire l'impossibilité de se contenter d'un seul partenaire sa vie durant puisque le divorce et le remariage sont devenus très faciles ! La séquence mariage-divorce-remariage rappelle la notion de la variété des rapports sexuels présente dans toute société polygame. Toutefois, les chiffres prouvent que la majorité des divorces sont demandés par les femmes. On peut donc en conclure que, du moins en ce qui concerne le statut de la femme et sa dignité, le divorce est préférable à la polygamie. Toutefois, dans notre culture européenne la polygamie est hypocrite puisque un homme ne se prive pas de garder « bien au chaud » sa légitime et d’avoir une voire plusieurs maîtresses voire de fréquenter des prostituées. Non seulement pour « soigner » une vie sexuelle défaillante au sein de son couple mais bien pour cumuler des histoires en plus…

A travers le mariage « de base », l’humanité tente de brider, d’apprivoiser la pulsion sexuelle. La pulsion sexuelle est mise dans les rails du Surmoi, du confort hypocrite ainsi que du politiquement correct : comme un train –pénis-, toujours fringant, bandant et en forme qui ne posséderait qu’une gare imposée – sexe féminin ouvert à la vie et accueillant invariablement et sans faille le désir-). La pulsion sexuelle est moralisée ; d’abord, elle existe en tant que telle pour permettre la procréation ; ensuite, dans le carcan judéo-chrétien, elle est très vite décriée en tant que plaisir légitime. Baiser, faire l’amour, copuler, vivre des jeux sexuels ou bien fantasmer sont un pêché. C’est la production du Diable, c’est la production du Malin. La relation sexuelle doit être propre moralement, éducationnellement et socialement. Et surtout non imaginative ainsi que sans bavures… Sans sexes ? Stérilisée, aseptisée et désincarcérée de son animalité originelle ; c’est-à-dire : sans odeur(s). Vivement la fécondation sans jets de sperme et d’ovulation pas le biais du « Saint-Esprit »… La Vierge Marie est fécondée par cette chaste opération sans bistouri phallique.

Humaniser la pulsion sexuelle ne démarre pas avec les mêmes idées. Heureusement. Et, au-delà de la castration imposée par l’Église (Surmoi castrateur et involutif), la pulsion sexuelle, en elle même, est une énergie forte : c’est une énergie à haute tension. Au-delà de la procréation (à la différence des autres animaux ; car, nous ne sommes que des animaux culturisés) nous pouvons vivre la pulsion sexuelle en tant qu’énergie créatrice et créative d’un mouvement dynamique féminin-masculin. Cela place un couple dans l’alliance de vivre le plaisir ainsi que la détente psychique et émotionnelle que constitue l’échange dans leurs rapports épidermiques, fantastiques et fantasmatiques (catharsis de l’énergie actif-passif), et exploratoire au niveau de leurs corps érotiques réciproques.

Sexualité, oui, mais il faut noter, toutefois, que : « Les conflits des relations intimes restent la première plainte officielle, quel que soit le statut légal des partenaires » (et je termine la phrase) qui consultent un psychothérapeute de couple. (Jean-Georges Lemaire, in Comment faire avec la passion, pp. 22).

« Au-delà, la plainte sexuelle sert souvent d’argument pour exposer la souffrance, l’ennui, et plus encore pour justifier la conduite, l’agressivité, la distance, l’infidélité, etc. » (source idem)

Au sein du couple, la pulsion sexuelle a plusieurs portes d’entrée (si j’ose cette dialectique !).

  • Les couples dont la vie génitale est réduite à sa plus simple expression ;
  • Les couples qui n’ont aucune relation sexuelle ;
  • Les couples qui n’en ont jamais eu :
  • Les couples qui décident d’en avoir lorsqu’ils désirent un enfant ;
  • Et enfin, les couples vivants qui vivent leur sexualité dans la permissivité de leur alliance commune.

Les quatre premiers groupes devront se débattre avec les concepts de renoncement, de frustration névrotique dont la saine énergie agressive de la sexualité doit bien passer quelque part (économie psychique) ainsi que de sublimation (déplacement socio-positif de l’énergie). Voire aussi de catharsis que représentent la prostitution consommée et la pornographie masculinisée. Ou d’agressivité négative (pathologique) dans le cadre du passage à l’acte d’accès psychotique passager que propose le viol.

Que fait donc en réalité chaque individu qui constitue notre tissu social de toute cette énergie atomique que représente la sexualité ? Plaisir, enfants, castration ou autocastration, famille, violence affirmée ou déguisée, sublime sublimation « saut sur un pied » du boucher qui découpe des bœufs dans son arrière-boutique plutôt que de trancher le cou de ses victimes après les avoir consommées (consommé de bœuf, potage sublimé, s’il en est ! Avec un arrière goût vache de… vache) pour canaliser ses pulsions sadiques en les reconvertissant en fonction(s) socialement admise(s) et culturisée(s).

De la sexualité comme moteur inconscient de la prolongation de l’espèce à la sexualité comme source de plaisir légitime dans la rencontre homme-femme ;

Lecture psychique

Terrain dynamique de désir et de peur, comment faire un couple ? « La théorie la plus féconde pour analyser les approches amoureuses est la suivante : la simple présence d’un L’autre dans notre champ sensoriel provoque en nous le double sentiment d’attraction et de crainte. Lors des conversations, on peut observer comment l’intimité entre partenaires se maintient à un niveau « confortable » entre la solitude de l’éloignement et l’angoisse de la proximité. » (Cf. Boris Cyrulnik, Sous le signe du lien, pp. 221).

Lecture historico-socio-sexuelle

« Le coude sur la portière de son cabriolet, arborant un sourire ravage le dragueur contemporain, n’a rien à envier au séducteur des temps anciens. (…) L’art d’aimer d’Ovide ou les manuels de séduction qui se multiplient à la naissance – ne laissent à voir que certains pans, certaines grandes tendances plutôt à l’œuvre chez les privilégiés. L’amour courtois est une invention de la Chevalerie du moyen âge, qui transforme quelque peu le regard porté sur la femme, invitée à exiger quelques prouesses de son preux chevalier énamouré… Au siècle des Lumières, des mœurs progressivement policée s’allient au libertinage (quand ce n’est pas la débauche comme à la cour de Louis XV) et à l’aveu plus affiché du désir charnel. Le XIXème siècle est celui de la virilité, militaire, sportif, républicain viril, coureurs de jupon cultivant le machisme ; de l’autre, l’amoureux romantique stendhalien rougissant, pâlissant, se pâmant et montant des tentatives de suicides pour conquérir sa dame. Au XXème siècle, avec l’avènement de la pilule et la législation de la contraception, dans les années « 60 » intervient la rupture majeure. Libération des mœurs, loisirs et fête, notre société autorise les expériences sexuelles qui détermineront les choix de chacun pour sa chacune et inversement. La conquête amoureuse n’est plus affaire de mâles dominants qui sélectionnent leurs proies. Les femmes peuvent enfin se revendiquer leurs choix sexuels et sentimentaux. Les dragueurs et les dragueuses sont-ils disqualifiés ? Oui, certes, mais les évolutions récentes montrent que leurs destins n’est peut-être pas scellé. Et ce, à travers les nouvelles ruses de la séduction dans la relation via internet ou des avancées de la psychologie (séduction = manipulation ?). » (Jean-Claude Bologne, in Histoire de la conquête amoureuse de l’Antiquité à nos jours, Seuil).

Couple = séduction, drague, sexualité, libertinage ou rencontre féconde dans le binôme actif-passif ?

Transcender la sexualité instinctive au-delà du rapport primaire et du jeu sujet-objet, (l’un étant l’objet du sujet de l’autre et inversement) est non pas brider, mais bien cadrer créativement la force sexuelle dans un principe d’humanisation. Cette proposition est un embryon de solution qui rejoint l’anthropologie sophia-analytique du couple. L’homme tombe amoureux, certes mais, il ne sait pas toujours que c’est son programme inconscient de perpétuation de l’espèce qui le mène au terrain de chasse (de conquête)… Soit il recherche une gestante potentielle pour prolonger le « cheptel » humain et plus loin, pour avoir une prolongation narcissique de lui-même dans sa descendance (déjouer l’angoisse de mort à travers une illusion d’éternité).

La fonction « chasseur » masculine de l’homme masculin étant « de semer à tous vents » ; sa séduction névrotique inconsciente, suit en fait ce programme biologique cherchant à perpétuer l’espèce à travers son Moi narcissique ; ou, son Moi narcissique à travers l’espèce… C’est pour cela que pour les hommes, plus une femme est âgée, moins elle est érotisable. Il cherche (sans le faire forcément car éjaculer « à tous vents » c’est comme si symboliquement, il procréait à tous vents : entorse psychique de l’esprit !) de bonnes poulinières pouvant mener à terme grossesse et élevage. (Car elle ne devient plus capable de procréer). Plus une femme est jeune, plus elle est fécondable. L’homme plus âgé recherche les femmes plus jeunes en rapport à la « peur de son impuissance fantasmée par infécondité potentielle ».

La femme cherchant plutôt, un « bon coup », un bon étalon avec de bons gènes pour assurer une descendance forte, sécurisée et en bonne santé, être un bon chef de famille. Argent – Santé – Statut Social.

Avant de devenir un sujet, l’autre autrement considéré est d’abord un objet de désir : l’humanisation ainsi que la culture, changeant les données. Alors, humainement ainsi qu’affectivement, il sera envisagé comme sujet à part entière et non comme objet de remplacement en tant que faille de l’amour passionnel (lien primordial à la mère).

A ce stade de mes recherches (sexualité, moteur inconscient et plaisir légitime des êtres ?) et, au-delà de ma question d’impact (les hommes et les femmes sont-ils faits pour vivre ensemble ?), j’éprouve des difficultés à pouvoir donner une définition juste de l’Amour ? L’amour ne concerne pas que la relation à un autre être humain. Mais, ce que l’on appelle « l’Amour (humain) » semble intriqué dans plusieurs dynamiques, dans plusieurs compartiments sous conditionnement conditionnel:

  • Programme biologique de perpétuation de l’espèce ? (inéluctabilité biologique…) ;
  • Recherche du lien primordial perdu ? (inéluctabilité psychique…) ;
  • Recherche du plaisir ? (inéluctabilité sexuelle…) ;
  • Recherche de l’animalité ancestrale ? (inéluctabilité sensorielle…) ;
  • Recherche de la mise en lien pour réduire le sentiment de solitude ? (inéluctabilité humaine…).

« Comment aborde-t-on l’autre ? »

Erich Fromm a écrit un ouvrage qui s’intitule « Avoir ou être ». Moi, j’ai envie de dire être ou paraître. L’homme secondaire mature est dans « son » fondement, debout sur ses pieds et dans sa base (le socle !). Au sens premier il est basé pour conquérir : Sexe, Couple, Famille, Progéniture (donc Éternité), Plaisir gommant l’Angoisse. L’homme primaire attardé régressé paraît sans ce fondement mature mais pour créer les mêmes fondations, toutefois (Sexe, Couple, Famille, Progéniture - donc Éternité - Plaisir gommant l’Angoisse). Il est basique sans base.

Faire la roue comme le paon pour être ?

Ou bien faire la roue comme le paon pour paraître ?

Le but hormono-biologique est le même.

L’activation des moyens différents est différente.

Les moyens sont plus ou moins nobles selon que « les plumes » qui leurrent la femelle sont « paraissant(es) » (paresseuses) ou « étant(es) » (étant, être bien étendues sur les épaules d’un homme debout).

Biologie, psychisme et inconscient intriqués, l’un et l’autre attirent-ils le même genre de femelle ?

Ou de mâle, du point de vue de la femelle ?

Dès lors, passant des plumes de paon différenciées ainsi que symbolisées (fonction masculine) au rouge à lèvres Chanel au léger parfum de fraise de bois (fonction féminine)…

Le couple, -l’Amour-, entre un homme et une femme se base sur l’attractivité. Celle-ci se basant sur la séduction. Cette dernière se basant sur les artifices (objectivité de la séduction ?) de la séduction. La séduction se basant sur l’idée d’un sujet psychique à convaincre mais d’abord objet de désir de chair. Pour convaincre, tel le paon animalier qui fait la roue en exhibant ses belles plumes aux couleurs chatoyantes ; le mâle homme primaire moderne (ayant perdu ses plumes) ne fait plus visiter son château à la belle qu’il convoite (signe de puissance financière, donc de promesses de sécurité pour une éventuelle et potentielle progéniture). L’homme primaire moderne exhibe les jantes en alu de sa voiture de luxe payée à crédit (mais cela il ne le dit pas à la belle : défaite financière). Pour « faire la roue », il montre donc ses roues de remplacement. Au XVIème siècle c’était plus poétique en l’objet des vestiments, la finesse de la rime ainsi qu’en les ors et les dorures. Les temps ont changés. La vulgarité de base remplace la noblesse courtoise et romantique. Notre époque a transcendé le temporel intemporel mais le but reste le même. Bref, il est roué mais ne montre pas forcément tous les rouages de sa machinerie… Rouerie, en fait, sa roue rit, pour attirer la femelle dans son sillage viril (approche visuelle de la séduction). S’il n’a pas de jantes en alu, il pourra acquérir un costume en soie sauvage, des chaussures (symbole sexuel) en peausserie d’Italie ou bien une montre Rolex (vraie ou en copie, bien sûr, acheté en noir au marché parallèle si c’est la copie). Paré ainsi de quelques artifices (hystériques) de la séduction, il pourra aller s’asseoir dans un bar en prenant bien soin de laisser la copie (ou la vraie, selon l’intériorisation du statut social réel) de son briquet Dupont sur son paquet de cigarette. Il pourra commander « une bière d’homme « et ne pas oublier de laisser traîner négligemment son trousseau de clés de voiture avec le porte-clés « exhibant » la marque de cette dernière. L’homme moderne est ainsi prêt pour aller à la chasse « à la potentielle ».

Pour convaincre, la femelle humaine montre sa disponibilité sexuelle - sauf chez l’hystérique pathologique qui étale « des promesses » qu’elle ne saura tenir (« On sait que les hystériques sont des allumeuses dont le symptôme principal est de tenter en permanence de séduire… pour mieux repousser. », Patrick Lemoine, in Séduire, comment l’amour vient aux humains, p.229) - en se bijoutant, en se chouchoutant, en se pomponnant. Elle érotise son corps, met ses appâts en valeur, montre la naissance de ses seins, étale ses belles et longues jambes à l’aide de jupes un peu courtes, elle peint ses doigts de pieds en rouge (couleur du feu, de la passion, du soleil, du cœur et du sexe rouge gonflé de sang excité), elle met des souliers à talons hauts car elle sait que cela plaît aux hommes et que cela ajuste bien leur(s) érection(s). « Garde tes jolis souliers noirs et sexy à talons hauts au lit pendant que je te baise » (Oups, que je te fais l’amour) « Car tu es ma putain » (Oups, ma petite femme très désirable et très chatte miaouw-miaouw aujourd’hui). C’est ce que l’analyse transactionnelle appelle la communication « à double tiroir », une phrase politiquement correcte en traduisant, en fait une autre qui correspond à la réalité pensée et non exprimée… L’homme sait ce qui le fait bander ; mais, plus maligne que l’homme, la femme sait exactement ce qui fait bander les hommes, si elle veut mettre un papillon de nuit dans ses draps de soie… pour un « one shoot » ou pour plus longtemps elle saura se poser la bonne question : « Comment avec tous mes appâts ainsi que mes fabuleux atours, vais-je partir à la conquête du masculin ? C’est bien le sexe de la femme (ou assimilés, bouche ou anus) qui tue le sexe de l’homme en générant, en forçant l’érection, l’éjaculation et l’orgasme. Donc, c’est bien la femme qui a le pouvoir. L’homme le sait, mais pas consciemment. Ou s’il le sait, il fait comme si… D’où la guerre des sexes… Ce sont les fantasmes projetés sur la femme qu’il croise qui provoque l’érection chez l’homme. Elle est productrice d’érection.

Et, pour terminer, la belle potentielle peinturlure ses lèvres en rouge pour évoquer la promesse rouge de son sexe turgescent, parfumé et d’un fumet à s’en pourlécher les babines (comme une ancestrale odeur marine, de mer d’océan, de mère intra-utérine). Elle met du parfum pour chatouiller les narines d’un éventuel partenaire, quelquefois que, ses odeurs naturelles, à elle, ne suffiraient pas…

« Tendrement avouée ou non, sublimée ou non, consciente ou non, la conquête sexuelle de l’Autre est le seul but de la séduction. C’est le prélude nécessaire à la pérennité de l’espèce et du groupe social. » (Patrick Lemoine, in Séduire, comment l’amour vient aux humains, pp. 27) »

Nous sommes des animaux, nous nous reproduisons.

Oui, mais, l’Amour dans tout cela ?

Dépassement ou dénigrement du rut ?

Autre province psychique ?

Le dossier de la séduction passe par le visuel, l’olfactif, l’auditif, le goûter et enfin le toucher. « Disposons-nous de moyens intellectuels de contrôle ou alors, sommes-nous soumis, pieds et poings liés, à la main de fer du déterminisme biologique ? » (Patrick Lemoine, in idem, pp.37)

Le cirque visuel permet de se faire remarquer. « Je suis là. » « J’existe et je suis vivant. » « Je suis disponible pour toi. » La vision est nécessaire pour établir le lien mère-petit. Regarder fixement une femme dans les yeux est une réelle pré-pénétration de cette femme (acceptée ou non par elle, elle le fera très vite comprendre…). La roue des hommes, les recherches vestimentaires de la femme attestent bien de ce cirque visuel. Les parfums de luxe de l’un comme de l’autre sont des attrape-mâles ou des attrapes-femelles. « Mais quels sont les stigmates du déclenchement amoureux ? Quel est le rôle des endorphines, de la noradréaline, de l’acétycholine, de la sérotonine, des phéromones ? » (in Patrick Lemoine, idem). Le mâle crie fort pour se faire remarquer (phallus oral) et il pénètre, ensuite, bien vite la femme par l’oreille en lui glissant des mots plus doux relayant les promesses futures pas forcément tenues… (Mais l’important est qu’elle soit nue à un moment ou à un autre…) Le toucher prudent est le prélude de relation plus élaborées. C’est une approche. Une stratégie. Dans notre culture, nous sommes les stratèges périphériques des zones sexuelles ou sexuées. Il y a des endroits que l’on ne touche pas tout de suite sans avoir récolté un feu vert implicite ou explicite. Ou bien sous l’acceptation intériorisée et bien courageuse de recevoir une fort belle et une fort fabuleuse gifle ! Recevoir une bonne gifle, pour l’homme, est-il un bon témoignage d’une saine agressivité vécue de sa part vers l’objet de désir féminin ? : Les femmes étant des forteresses à conquérir… (pour pénétrer, il faut utiliser le langage militaire, dialectique de la virilité…). Les animaux, chaque végétal possède un programme de reproduction ingénieux pour perpétuer la vie à tout prix (bien que tenté, je ne décrirai pas la magie, la beauté ainsi que les miracles de la Nature dans son ensemble, ce n’est pas l’objet de cet ouvrage).

« Les espèces actuellement les plus proches de l'humain sont les deux espèces de chimpanzé : Pan troglodytes (le chimpanzé commun) et Pan paniscus (le bonobo). Dans leur proximité phylogénétique à l’homme viennent ensuite le gorille et l'orang-outan. Le génome des humains ne diffère que de 0,27 % de celui des chimpanzés, et de 0,65 de celui des gorilles. Ces chiffres conduisent à estimer que notre lignée s'est séparée de celle des chimpanzés il y a environ cinq millions d'années, et des gorilles il y a environ sept millions d'années. »

L’Homme, habilis (habile) erectus (qui se met debout) faber (qui fabrique) puis sapiens ( qui est sage ?), L’Homme, fruit des entrailles parmi ses ferrailles, ses encombrements matériels, sa pléthore électronique surdéterminée autant qu’inutile, ses GPS placés en standard dans chaque automobile ainsi que sa surenchère de constructions diverses, avec machines et autres dérives, n’échappe pas à cette règle biologique et millénaire : nous aimons, nous sommes d’abord amoureux pour procréer, tout bonnement pour prolonger le « principe vital ». Le reste est, soit mensonge ; soit, dépassement qualitatif humanitarisé ou culturisé (cultu-rusé ?).

Le désir sexuel, même quand l’amour n’est pas présent est une expression de la vie, ainsi qu’un don et un partage mutuels du plaisir. A consommer sans modération (Haro sur le Pape et ses invitations défaitistes !) Dans le cadre d’un mariage formaté, d’un couple vivant (ou non), ou entre personnes libres, la sexualité doit être un plaisir légitime dans la rencontre homme-femme. Nous savons bien que, psychiquement, épidermiquement, émotionnellement, scientifiquement tous les bienfaits et l’équilibre personnel que procurent tendresse, affection, caresse, pénétration, éjaculation, orgasme, détente chaleur physique, cris, douleurs, larmes et liens (psychiques, émotionnels, animaux ou pervers - en corde, lanières ou menottes) comme jeu des excitations sexuelles).

« Disséquée, analysée, mesurée, éduquée, - au besoin réparée! - par les sexologues et les thérapeutes de toute sorte; désacralisée dans nos habitudes et nos comportements (de la publicité quotidienne aux sex-shops et aux Clubs Med); rentabilisée bien sûr (aussi bien dans le lucratif commerce de la pornographie que dans la non moins florissante industrie des «guides pratiques» et autres manuels du «bon sexe illustré»); rationalisée de manière utile et pragmatique («faites l'amour et restez minces...»); divulguée, racontée, étalée et scrutée dans ses moindres replis et ses recoins les plus secrets (des courriers du cœur aux lignes ouvertes), notre sexualité semble à vrai dire s'être, en un mot, banalisée - au sens d'ailleurs étymologique et non nécessairement péjoratif du terme: réduite à une expérience banale et profane, à peu près complètement dissociée, en tout cas, de cette aura sacrée ou de cette dimension religieuse (et mystique) qui pouvait se vivre dans la nuit des antiques dionysies ou dans l'effervescence d'une «fête des fous» médiévale, qui pouvait encore se deviner dans la pénombre des confessionnaux d'antan, et dont on peut toujours percevoir la trace aussi bien dans la statuaire érotique de maints temples indiens que dans les coutumes vivantes de maintes cultures non occidentales. »

« A constater en tout cas la ferveur avec laquelle nos contemporains se sont pour ainsi dire rués sur la sexualité, l'angoisse qu'ils éprouvent devant ses échecs ou ses ratés, la fébrilité avec laquelle ils recourent aux spécialistes de tout acabit pour soigner, améliorer, maximiser ou optimiser leurs «performances» en la matière, on soupçonne que notre culture craint vraiment, en passant à côté de l'expérience du sexe, de rater quelque chose d'absolument essentiel: salut, bonheur ou raison de vivre... Comment en effet expliquer autrement que le sexe fasse à ce point l'objet des préoccupations et des conversations sur tous les modes, du badinage mondain à la blague grossière, des fins de soirée entre amis aux confidences des terrasses de bistros ? »

Actif-Passif, Maître-Esclave, Sadique-Masochiste, Homme-Femme, Mâle-Femelle, Animalité fondatrice-Humanité fondatrice, j’évoque par ces termes le thème du prochain chapitre : « L’importance des rôles sexuels, entre nature et culture, dans le développement de l’identité sexuelle : activité – passivité, rythmes différents, acceptation personnelle de ces rôles ou leur refus. »

Troisième blessure freudienne à l’orgueil de l’Homme après la vexation copernicienne et la gifle darwinienne, l’inconscient nous même pas le bout du nez ou bien par le bout de la queue… Véritable gouvernail de l’homme. Et, les « ailes du sexe » de la femme prennent leur envol déstabilisateur, hédoniste, humain ou créatif. Selon de choix créateur ou destructeur en alliance ou en connivence inconsciente avec l’homme.

Pulsion-poussée (Trieb), selon la logique freudienne, les filtres psychiques, topiques, économiques et dynamiques seront donc : énamouration et haina-mouration (sémantique lacanienne). Deux aspects inversés de la même énergie vitale. La mort étant plutôt représentée par l’indifférence.

«Si l’on considère en effet que la sexualité au sens psychanalytique correspond non seulement à la prime de plaisir fournie en marge de l’accomplissement de la fonction, mais aussi à la possibilité de trouver ce plaisir marginal pour lui-même, hors de tout besoin et de toute fonction, le plaisir trouvé par la sublimation appartient bien, lui aussi, au domaine du sexuel au sens psychanalytique. » (…). « De même, l’amitié et l’esprit de solidarité collective seraient des formes sublimées de l’homosexualité masculine. » (Paul-Laurent Assoun, in La doctrine pulsionnelle, pp. 228) Pour Freud, l’amitié est animée par une pulsion sexuelle. Mais, dans l’amitié on élimine le but (le coït).

 

  • Fin de la deuxième partie - cf l'article n°3 concernant ce sujet.

 

Max ERNST - Le Couple, 1891 - 1976, écoles surréaliste, moderne et dada allemande.

Max ERNST - Le Couple, 1891 - 1976, écoles surréaliste, moderne et dada allemande.

Repost 0
Commenter cet article