Témoignage - l'isolation mécanisme de défense

Publié le 8 Mars 2014

Témoignage de Patrick FRASELLE dans le contexte de la présentation scientifique

sur La Psychose - Bruxelles 2006 week-end de psychanalyse sur la psychose.

Chaque étudiant de l'école de formation, alors, était prié, d'identifier scientifiquement leur cas personnel pour stimuler une recherche didactique.

 

Danse, raideur, mouvement, schizophrénie du corps, introversion, tristesse sans larmes, musique et abstraction

 

Je vous livre mon témoignage comme étant un ancrage possible dans la schizophrénie. Ressentie comme une horreur émotionnelle, je ne pensais jamais parler de ce que je vais vous confier, à personne. Dans le cadre de ce week-end d’étude sur la psychose, arriver, à avoir le courage, de vous en faire part, est, pour moi, l’expérience d’une véritable catharsis. Une authentique façon de me vider de ma honte. Et d’ainsi, tenter une réparation.

Petit enfant, enfant, mon humeur est franchement autistique, schizoïde. Je ne bouge pas. Je ne joue pas. Je ne pleure pas. Je ne ris pas. Je ne me fâche jamais. Les émotions principales ressenties se trouvant être la honte et la terreur. J’ai peur. Je suis terrorisé. Bien que je capte comme une éponge toutes les émotions de la vie, je n’en exprime jamais rien. Je suis pathologiquement timide ainsi que profondément introverti. Dans la cour de récréation, je ne joue jamais avec les autres. Je ne parle à personne et je regarde la vie passer devant moi. Corporellement, j’ai un port de tête baissé sur un corps maigre. Au long de toute l’année scolaire, pendant les récréations, je suis accoudé à un mur : on pourrait dire, en fait, que je suis devant un mur. Je suis médicalement, officiellement exempté du cours de gymnastique. Mon trop faible taux d’affirmation corporelle ne me permettait pas de faire les exercices physiques au même titre que les autres. Tout le débourrage (et dans débourrage, il y a « bourré de rage » ainsi que « bouger de rage ») physique de l’enfant se sentant vivant est chez moi, absent. Les affirmations phalliques des garçons, comme les « jeux de mains, jeux de vilains », les bagarres, les « roulés-à-terre », le football n’avaient aucune place chez moi. Je regarde, je pense, je réfléchi. Je suis premier de classe. Je suis couvert de « bons-point » ainsi que de « cartes-d’honneur ». A l’époque, système de récompense pour les enfants les plus assidus ainsi que les plus sages de la classe. Etant à part, les autres enfants me haïssent, m’agressent, jettent mes cahiers à terre ou shootent dans mon cartable. Je suis hyper-émotif. J’ai une sensibilité extrême. Je suis très doué pour la musique. Après une maladie d’enfance gravissime (déclarée à l’age de 9 ans), je vis un clash scolaire total. Je suis complètement déscolarisé ; et, du statut de premier de classe, je termine dernier de classe. De vivacité intellectuelle, mon cerveau devient sauce blanche. Plus tard, je fais mes études. Je deviens un hyper-autodidacte. Adolescent entièrement déscolarisé, je prends la décision de me réinsérer en préparant tout seul, en dix-huit mois mes Humanités. Présentant alors, les examens à ce que l’on appelle le Grand Jury d’Etat, le secondaire supérieur. Je me pose la question, aujourd’hui, de savoir pourquoi j’avais déjà choisi l’option « Sciences Humaines » ? Aujourd’hui, plus un concept scientifique est abstrait et compliqué, plus j’éprouve une jouissance ! Ensuite, je mets mon plus grand rêve à l’état de réalité. Je poursuis mes études musicales jusqu’au Conservatoire Royal de Musique de Liège. Ainsi, je deviens pianiste, compositeur et mes activités artistiques s’étendent encore car j’écris et je publie régulièrement. Cependant, l’art qui me touche le plus, en dehors de la musique ainsi que de l’écriture est la danse. La danse provoque chez moi une fascination totale. Courbes artistiques, érotique puissante comme le tango argentin, bougés du corps, expressivité, liberté corporelle, mise en mouvement, accès à la vie, détente, sauts, roulades, connivence, partage. Mise en lien entre les individus ou bien entre l’homme et la femme. Graphisme rond et droite géométrie. Insouciance et joie. J’ai chez moi beaucoup de K7 vidéo de danseurs et de danseuses. De ces spectacles de danse : du plus classique au plus contemporain, je peux les regarder sans cesse comme l’enfant fasciné regarde ce qu’il aurait envie de faire un jour… Seulement, je n’ai jamais dansé. Je ne danse jamais. J’ai peur, je me sens gauche et ridicule. Je suis raide, maladroit et coincé. Alors qu’aller danser, est un de mes rêves les plus fous.

Pour faire le lien avec ma maladie d’enfance ; un jour, mon rêve de fou s’est réalisé trop tôt… J’ai enfin dansé. Je veux dire, enfant, je « dansais ». Mon corps est devenu fou. J’ai contracté cette maladie que populairement on appelle La Danse de Saint-Guy. J’ai vécu ce corps schizophrénique. Dyskinésie incontrôlable, mouvements arythmiques, brusques, imprévisibles, et chaotiques. Mon corps était entièrement désarticulé, j’avais des hochements de tête, des torsions du torse, mes quatre membres étaient complètement déspatialisés et partaient dans tous les sens. Toutes les dix secondes je poussais des cris incontrôlables. Ma volonté n’avait aucune prise sur ces phénomènes. A douze ans, cela devenant émotionnellement insupportable, j’ai exprimé à ma grand-mère le désir de vouloir mourir. J’ai sous les yeux les protocoles des pédopsychiatres dans lesquels, je lis les éléments suivants : « Enfant petit, peu développé. Peu ouvert, soumis, collaborant. Cet enfant présente une chorée chronique, dont les poussées sont probablement favorisées par une cause psychologique. L’enfant fait une chorée aiguë grave qui a nécessité l’isolement de l’enfant dans une chambre noire pendant un mois. Du point de vue psychique : réponses aux questions posées adéquates, émotivité très développée. Tonalité affective neutre. Le malade accuse de l’anxiété avec des bouffées d’angoisse. Le tracé électro-encéphalographie traduit une souffrance psychique paroxystique. »

Expression d’une détresse, expression symbolique d’un conflit psychique, mon manque de capacité à bouger, mon manque d’incapacité à parler m’a-t-il remis dans la vie en développant une maladie à l’allure psychosomatique ? Qui, hormis sa violence ainsi que sa douleur m’a quand même permis de bouger mon corps (sortir de la raideur catatonique) ainsi que de pousser des cris comme une espèce d’expression différée du langage ?

Groddek, psychologue allemand contemporain de Freud, parle déjà de symptômes physiques comme étant un désir refoulé.

Bien qu’elle ait duré de 9 ans à 17 ans, aujourd’hui, il y a une rémission totale de cette maladie.

 

L’étiologie psychiatrique est la suivante : les symptômes surviennent à la suite d’un choc émotif. L’enfant est agité de mouvements involontaires qui s’étendent aux mains, à la face puis au tronc. Il fait des grimaces puis ne sait plus parler. Les troubles psychiques vont de la saute d’humeur jusqu’au délire transitoire et même des hallucinations.

Sur le net, on trouve des centaines d’article qui parle à la fois de schizophrénie et de Danse de Saint-Guy : je n’en lirais aucun.

Maria, j’ai vraiment envie que tu m’emmènes danser.

Vraiment, mais autrement !

Merci pour votre attention.

 

Patrick FRASELLE

psychanalyste-psychothérapeute

 

 

Copyright - Patrick FRASELLE

2006 et le 05 septembre 2014 for - texts, links and pictures - checked and locked.

 
Témoignage - l'isolation mécanisme de défense

Notes scientifiques :

1. L'isolation est un des mécanismes de défense de la structure névrotique obsessionnelle.

(je suis de structure névrotique obsessionnelle);

2. L'isolation possède les outils suivants :

(dans la description, donc dans son concept de "séparation" on peut y entrevoir une évocation de la fracture schyzophrénique);

"Eliminer l'affect lié à une représentation (souvenir, idée, pensée) conflictuelle, alors que la représentation en question reste consciente ;

Créer une séparation artificielle entre deux pensées ou deux comportements qui en réalité sont liés, leur relation ne pouvant être reconnues sans angoisse par la personne.

Le deuxième sens est exposé par Sigmund FREUD dans Totem et Tabou, "où il montre que les malades se comportent comme s'il existait une dangereuse contagion entre certains éléments. L'isolation est le "cordon sanitaire" destiné à neutraliser cette contagion".

Rédigé par Patrick Fraselle

Publié dans #Mécanismes de défense, #Isolation, #Structure obsessionnelle, #Schyzophrénie

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