Recherche sur les mécanismes de défense

Publié le 24 Février 2014

 

 

Recherche sur les mécanismes de défense par Patrick FRASELLE pour
présentation scientifique publique


1. Introduction
C’est Freud qui introduit le terme de défense en 1894. Pour placer les
mécanismes de défense de type névrotique dans un contexte scientifique
approprié et, dans le but de générer une compréhension fluide et agréable,
nous vous livrons un rappel de la définition des systèmes ainsi que des
instances de la personnalité. La psychanalyse comme psychologie des
profondeurs considère la vie psychique de ces points de vue. Ce sont des
lieux psychiques et virtuels.


2. La première topique en quelques mots…
L’inconscient est la partie de l’appareil psychique qui est la plus proche de la
source pulsionnelle. Il est régi par le principe du plaisir .
Le pré-conscient est une espèce de «salle d’attente» des contenus mentaux,
il contient des représentations inconscientes sur le point de devenir
conscientes.
Le conscient fait le lien entre la réalité et l’individu. C’est le siège du
raisonnement. La pulsion est soumise au principe de réalité.


3. Avec d’autres mots, la seconde…
Le Ca est le réservoir pulsionnel il contient les instincts, les besoins vitaux,
les désirs, les tendances agressives. C’est l’ensemble des pulsions de vie et
de mort.
Le Moi est l’interface qui permet à l’individu de négocier avec le monde
extérieur et son monde intérieur. Sa tâche est de négocier les échanges
entre les différentes instances psychiques et la réalité. Il peut activer aussi
le refoulement inconscient, soit tentera d’obtenir satisfaction, abandonnera,
changera ou pourra reporter son action.
Le Surmoi est l’anti-pulsionnel. Il est défini comme le principe de
répression. Le Surmoi est l’héritier du complexe d’OEdipe. Il est la somme
des lois et interdits communiquée par les parents, les éducateurs, les
professeurs… Il est la « loi morale » Il intervient comme juge, le principal
sentiment qu’il provoque est un sentiment de culpabilité.


4. Les structures de la personnalité de type névrotique
Les psychopathologies liées à la structure névrotique sont l a structure
obsessionnelle. Elle est marquée par la régression anale ; la formation
réactionnelle et l’isolation en sont les défenses typiques. La structure
hystérique est marquée par une régression de la libido : à savoir, la fixation
au stade phallique, ainsi qu’une forte composante orale. Le refoulement est le
système de défense principal.


1 La structure obsessionnelle
C’est la structure névrotique la plus régressive. Elle est marquée par les
pulsions agressives et sadiques-anales (pulsion de mort). C’est le contrôle qui
est repris dans la régression anale ; en lumière de ce que l’enfant, dans sa
phase anale décide de donner son bol fécal ou non. La régression du moi
entraînant une diminution des investissements objectaux au profit
d’investissements narcissiques (libido du Moi). La névrose obsessionnelle est
ancrée au deuxième sous-stade anal (rétention). L’obsessionnel maintient
l’autre dans une relation d’objet où il est maîtrisé et stérilisé. L’ambivalence
se situe au niveau de la pensée. Le langage de l’obsessionnel est d’une
prolixité à toute épreuve. Rigide et précis. L’angoisse concerne la peur de la
découverte des pensées, des désirs érotiques et agressifs. Cela implique une
plus grande facilité de rapprochement avec le parent du même sexe et un
éloignement du parent du sexe opposé. Chez l’obsessionnel, la pensée se
substitue aux actes au point qu’il y a disparition quasi totale de la
spontanéité. Cette pensée lui sert d’écran entre lui et les autres : il pense et
regarde. La rétention et l’expulsion de l’érotisme anal se retrouvent dans
tous les comportements qu’ils soient sexuels, affectifs ou sociaux. Son
contrôle obsédant satisfait les pulsions anales authentiques, enfouies au
travers d’un réseau de formations réactionnelles et de son indéfectible
Surmoi.


2 La structure hystérique
Séduction et avidité affective sont les mamelles de l’hystérique. Besoin
pathologique d’attirer l’attention sur soi : provocation, érotisation de la
relation. Se faire remarquer. Utilisation de l’autre : piéger, utiliser l’autre
puis le laisser. Ambivalence émotionnelle : l’hystérique passe du rire aux
larmes. Il émane de lui une précipitation affective qui a pour but de
raccourcir les distances avec l’autre. Cette ambivalence au niveau du corps
(séduction – retrait) est le signe distinctif de l’hystérie. Evidemment, la
moindre réponse à une offre de l’hystérique implique chez ce dernier une
fuite tout aussi immédiate. Il lutte contre les fantasmes mettant en jeu les
objets sexuels incestueux. Les représentations subissent avec succès l’effet
du refoulement. C’est ce qu’on appelle «la belle indifférence de l’hystérique.»
Ce qui subsiste est retourné en son contraire : le désir sexuel est
transformé en dégoût sexuel. L’hystérique attachée au phallus du père
s’identifie au phallus. L’hystérique est, devient le phallus. L’hystérique est un
phallus pénétrant de la sphère sociale puisque le social est sur-érotisé . C’est
aussi l’érotisation excessive du corps aux dépens de la zone génitale. Sa
régression orale est empreinte d’une énorme gloutonnerie affective.
L’hystérique vit la conquête du père (possesseur du pénis) mais est aux
prises avec la difficulté de ne pouvoir abandonner son premier objet d’amour,
la mère. C’est ainsi qu’en passant d’un à l’autre il y a une bisexualité
importante dans l’hystérie.


3 L’hystérie d’angoisse
C’est la phobie placée sous le signe de la sexualité et par conséquent la seule
phobie névrotique. Elle est en lien avec l’oedipe. Les éléments phobiques
permettent d’éviter le contact avec l’objet anxiogène tout en le laissant
présent. La défense consiste à refouler la pulsion sexuelle. Mais le
refoulement est incomplet et l’angoisse est déplacée sur l’élément de
défense (par exemple, la peur des souris = symbole phallique). L’angoisse
concerne la peur de voir la pensée se réaliser.


4 L’hystérie de conversion
L’hystérie de conversion somatique s’origine à l’oedipe. Elle est caractérisée
par l’expression symbolisée dans une atteinte du corps (cécité, paralysie par
exemple). Le conflit principal est l’investissement incestueux. Ce
déplacement somatique correspond à une partie du corps qui n’est pas
choisie au hasard. La symbolique est très forte quant à l’organe malade
choisi. D’autant que la partie malade du corps protège ainsi du désir
coupable. L’angoisse de castration est associée à la peur de voir se réaliser
un passage à l’acte interdit. Malgré le refoulement des représentations, les
décharges d’affects conservent une sorte de relent de leurs origines, d’où le
caractère symbolique des conversions somatiques, le caractère érotisé des
conduites psychiques.


5. Les mécanismes de défenses : nécessité ou pathologie ?
Les mécanismes de défense sont souvent connotés négativement alors qu’ils
sont essentiels à notre équilibre à la condition bien sûr de n’être pas « dans
le trop », ce qui signe une « rupture d’équilibre ».
Les défenses possèdent un aspect positif : elles assurent la sécurité du Mo i,
en le protégeant d’un débordement qui dépasse ses capacités d’élaboration.
Les défenses permettent une quiétude mentale relative. Elles sont positives
et nécessaires allant ainsi, dans un premier temps dans le sens de la vie ; par
contre, si elles deviennent trop rigides, elles deviennent elles-mêmes
menaçantes pour la personne empêchant une adaptation plus souple, privant
ainsi l’individu à avoir accès à la créativité et aller à la rencontre de son
expansion personnelle par le biais dans la rencontre avec l’autre.


6. La défense : définition
Une défense est fondamentalement pour la psychanalyse un acte par lequel
un sujet confronté à une idée, un désir insupportable le refoule pour éviter
l’angoisse. L’angoisse est un affect et une sensation déplaisante, avec
implication physiologique, devant un danger réel ou perçu comme tel par le
sujet. Afin d'éviter l'angoisse, le Moi dispose d'un certain nombre de
mécanismes de défense inconscients qu'il utilise au cours même de son
développement. Si à l'origine, l'étude des mécanismes de défense a permis
une meilleure compréhension du fonctionnement psychique aussi bien normal
que pathologique, ils trouvent maintenant de nouvelles applications dans la
pratique clinique. Ils constituent des marqueurs du fonctionnement psychique
du patient au cours d'une psychothérapie, ils sont également des indices
diagnostiques et d'évolution des troubles psychopathologiques. Dans ce sens,
savoir les repérer peut s'avérer très important pour un thérapeute. Le
refoulement sert à éviter que des désirs, des sentiments, des idées, des
conflits, des fantasmes, des souvenirs deviennent ou restent conscients. Il
opère à deux niveaux :
à des représentations conscientes gênantes ou répréhensibles qui sont
refoulées et qui du coup sortent du champ de la conscience ;
à des représentations d’emblée inconscientes, c’est-à-dire qui n’ont
jamais accédé à la conscience.
Le refoulement est un mécanisme majeur lié à la culpabilité et qui contribue à
tous les autres mécanismes de défense. C'est aussi le plus complexe. Il est
constitutif de l'inconscient comme domaine séparé du reste du psychisme.
Ce n'est jamais la pulsion qui est refoulée, mais sa représentation (la pulsion
a deux aspects: l'affect et la représentation).


7. Le retour du refoulé et la levée du refoulement au coeur du conflit
L'émotion n'est jamais refoulée. La représentation refoulée de la pulsion
séjourne dans l'inconscient et va s'y organiser. Elle va ainsi effectuer un
travail de déformation et d'éloignement. Selon le jargon psychanalytique,
elle va former des rejetons qui subiront chacun un destin particulier. La
charge affective va se lier à l'un de ces rejetons et va tenter à nouveau
d'émerger ; et, ce sera le retour du refoulé par les voies naturelles
positives qui s'exprimera dans les rêves, les actes manqués, les lapsus, les
fantasmes, les cauchemars, la sublimation. Par les voies négatives, il
s’exprimera par la somatisation, les troubles du comportement, la
pathologie mentale. Rien ne subsistera de la représentation première si ce
n'est l'affect qui va provoquer l'angoisse. Il faut considérer le refoulement
comme une étape première. Le produit refoulé (nos représentations mentales
inavouables) se déverse dans le ça. Assoun nous dit : « La théorie du
refoulement serait-elle la pierre d’angle sur laquelle repose tout l’édifice de
la psychanalyse ? » La levée du refoulement serait la raison d’être de la
psychanalyse. Freud dit en 1938 : « le psychanalyste est celui qui est en
mesure de deviner le matériel refoulé. ». L’analyse des résistances est bien
le moyen de parvenir à une prise de conscience du refoulé et à une levée
du refoulement. La régression abîme la pulsion, la chance est que le
refoulement laisse la pulsion intacte. Cette levée du refoulement permettrait
de dissoudre l’angoisse originelle auquel il est lié. Le conflit se situe entre
les pulsions sexuelles et leurs interdictions déposées dans le Surmoi. Le
Surmoi est sévère, prend quasi toute la place et étouffe le Ca pulsionnel.
Principe du « tout est interdit ». La névrose est sous l’égide du complexe
d’Oedipe (triangulation sexuelle et parentale). La nature profonde de
l’angoisse émane de l’angoisse de castration pour le garçon (peur de perdre
son objet adoré, le pénis) et du complexe de castration pour la fille
(absence constatée du pénis).


Le refoulement est la défense principale, il est systématique et rigide. Le Ça,
le Moi et le Surmoi sont en conflit car ils ont des intérêts divergents.
L’équilibre psychologique consiste en la capacité de réguler et de gérer les
conflits. Le Moi (médiateur) négocie entre la réalité, le Ça (pulsionnel) et le
Surmoi (anti-pulsionnel). A un moment l’énergie est bloquée par un
traumatisme, la psychanalyse dit qu’il faut revivre émotionnellement
l’événement (la même stimulation) pour pouvoir enfin le dépasser. Il y a
résistance au changement car le changement implique de retoucher à ce qui à
généré le refoulement.


C’est l’occasion pour préciser qu’il ne faut pas confondre défense et
résistance. Néanmoins les deux étant très proches. La résistance signe
que le sujet se débat spécifiquement avec la prise de conscience. Les
défenses protègent le Moi (la personnalité). La défense est autonome :
l’individu adopte inconsciemment un système de défense en fonction de sa
structure psychique. Le sujet n’est pas conscient de la défense qui lui est
propre. Il ignore que son comportement intervient en tant que système
défensif .


8. Défenses : fonctionnement et conséquence
Les défenses permettent une satisfaction relative. En ce sens elles
protègent la vie et sont indispensables. Au-delà, si elles sont trop rigides,
elles deviennent menaçantes pour l’individu empêchant ainsi l’accès à la vie et
à la créativité. Une personnalité saine possède des défenses. Même si l’objet
de la psychanalyse est de lever le refoulement la défense est complexe
et on ne l’enlève pas sans prudence sinon on risque de la renforcer.
Pierre Marty dit : « Tout ce qui est défensif fait partie des instincts de
vie. » Par ailleurs, la cuirasse ne m'est plus nécessaire lorsque j'ai quitté le
champ de bataille. Elle limite mes mouvements et me pèse : au lieu d'être une
aide, elle devient alors une gêne. Le remède est pire que le malaise.


La première et principale défense est le refoulement ;
Les autres défenses sont relatives :
1) à l’échec du refoulement
2) au retour du refoulé
Les autres défenses pallient l’insuffisance du refoulement ou bien lui sont
consécutives.


Quelques mécanismes de défense :
Affiliation : L’affiliation est la recherche de l’aide et du soutien d’autrui
quand on vit une situation qui engendre de l’angoisse. La présence d’autrui
n’est recherchée que pour le soutien qu’elle apporte. Il ne faut donc pas
confondre affiliation et sociabilité.


Affirmation de soi par l’expression des sentiments : En proie à un conflit
émotionnel ou à un événement extérieur stressant, la personne qui utilise ce
mécanisme de défense communique sans détour sentiments et pensées, d’une
façon qui n’est n’y agressive ni manipulatrice.


Altruisme : Dévouement à autrui permettant ainsi d’échapper à un conflit personnel. Il
repose sur quatre fondements :
la culpabilité attachée à l’agressivité refoulée est ici évitée grâce à
l’altruisme ;
toujours un exutoire à l’hostilité mais au lieu d’être refoulée, l’agressivité est
déplacée vers des buts --- entre guillemets --- nobles
une jouissance par procuration : le conflit s’attache alors à un plaisir qu’on se
refuse à soi-même mais qu’on aide les autres à obtenir ; l’altruiste, par
identification à la personne comblée, en retire satisfaction ;
se sont les sacrifices liés à l’altruisme qui sont recherchés.


Ascétisme de l’adolescent : Refus par l’adolescent de toutes les jouissances
corporelles, même les plus innocentes. Ce mécanisme de défense est destiné
à protéger le moi contre des exigences pulsionnelles nouvelles et qui sont
source d’angoisse. L’adolescent qui fuit la société des gens de sont âge,
refuse toute distraction, renonce à tout besoin pour autant que cela soit
teinté de sexualité.


L’humour : Au sens restreint retenu par Freud, l'humour consiste à
présenter une situation vécue comme traumatisante de manière à en dégager
les aspects plaisants, ironiques, insolites. C'est dans ce cas seulement
(humour appliqué à soi-même) qu'il peut être considéré comme un mécanisme
de défense Freud dit : « L’humour est un don précieux et rare. » Cependant,
cette défense considérée comme mature n’est pas souvent utilisée. Freud,
dans son ouvrage : « Le mot d’esprit et sa relation avec l’inconscient » l’a
présenté comme la défense la plus élevée de toute.


L'intellectualisation : On rencontre cette défense dans de nombreuses
pathologies mais également chez certains soignants : psychologues qui
jargonnent à qui mieux mieux, cadres, cadres-supérieurs, directeurs des
soins, des managers à des années lumière des soucis des soignants, infirmiers
monomaniaques de la démarche de soin ou perroquets lacanolâtres qui
répètent à l'envi ce qu'ils ont plus ou moins bien intégrés.


L'isolation : Ce mécanisme consiste à isoler une pensée ou un comportement
de son affect, de son contexte affectif. La représentation est reconnue
mais ne touche pas le sujet. On retrouve ce mécanisme dans les névroses
obsessionnelles, ainsi que chez les hystériques qui semblent indifférents, en
réaction à une trop grande fragilité. L'affect, qu'on ne peut pas refouler, est
dévié. "Il n'a pas encore réalisé ce qui lui est arrivé" dit-on parfois de
quelqu'un, sans pour autant que ce soit pathologique, mais c'est ce mécanisme
de défense qui se met en place pour protéger le Moi.


« L’isolation étant un de mes mécanismes de défense, je vais vous livrer
mon témoignage à ce suje
t


Dans la violence de mon enfance, j’ai vécu – subi est un mot plus adéquat -
une situation très humiliante. Une humiliation intenable, de celles qui vous
coupent le souffle… En effet, cette humiliation a coupé mon propre souffle
de vie en deux. Je dirais aussi au sens propre comme au sens figuré, qu’elle
ma dé-coupé : découpé de souffrance. Mais aussi coupé de ma souffrance.
Cette humiliation m’a d’abord lacéré ; et, fragmenté, ensuite. Elle m’a divisé,
elle m’a éca
rtelé.


Après une très violente dispute entre ma Mère et mon Beau-père (mon beau-père,
c’est-à-dire le père adoptif qui ne voulait pas de moi, mettait ma vie en
danger et m’écartait par sa violence du toit familial, je ne vivais pas avec
eux, je vivais avec ma grand-mère ; mais, j’avais, toutefois, le droit de
rendre visite de temps en temps à ma mère), après une violente dispute à
laquelle j’avais assisté, il avait traité ma mère de putain. L’enfant que j’étais
avait été très c
hoqué.


Ayant voulu prendre la défense de ma mère, je lui avais écrit sur un petit
bout de papier : « Ne t’inquiète pas, maman, c’est un « putain » lui-même, je
t’aime, Patrick. » Je ne connaissais pas d’autres gros mots et j’avais réutilisé
celui que j’avais entendu, pour venir, probablement, dans une dynamique très
oedipienne, au secours de ma mère, fier comme un petit homme, sans doute…
Ce papier, il est tombé de ma poche avant que je n’aie le temps de le donner à
ma mère. Je jouais avec ma soeur, j’ai perdu le petit papier. Le lendemain, il
était convenu que je vienne dire bonjour à ma mère avec ma grand-mère
après la sortie de l’école. Un drame se préparait et je n’en savais rien.
Firmin, mon beau-père avait trouvé l’arme du crime, selon l’expression mais
aussi l’arme qui allait me tuer et m’empêcher, toujours, plus tard, d’avoir des
larmes. D’avoir des larmes à moi ou bien de celles que l’on peut offrir aux
autres : c’est tellement bon de pouv
oir pleurer…


A peine rentré dans le hall, ma mère nous stoppe et explique à ma grand-mère,
que Firmin a trouvé « le petit papier », qu’il est très fâché. Et, que si
je veux continuer à pouvoir venir dire bonjour à ma mère, il va falloir que je
rentre dans la pièce où Firmin est assis dans un fauteuil et que j’aie lui
demander par
don.


Vous savez, un enfant, normalement, ça pleure, il peut crier, se débattre,
taper du pied et aussi rentrer en colère. Hurler et aussi se rouler à terre.
Je n’en ai rien fait : j’ai écouté ma mère, sans mots dire, sans maudire,
oserais-je dire, sans mes maux dits. A cet instant, je me suis senti brisé,
déjà divisé, déjà isolé… J’ai baissé la tête, je sentais que ma colonne
vertébrale ployait, s’effritait, je débandais. Je n’étais plus ce petit homme
qui venait au secours de sa maman insultée, j’étais devenu un petit enfant
humilié. J’ai été dire « pardon » à Firmin et ce jour-là, je suis devenu fou de

douleur.


Maintenant, si vous voulez, je peux vous faire les quatre émotions de base (la
joie, le pleur, la colère et la peur) avec la même expression du visage. Je
ressens tout mais je ne montre rien. Je ne perds rien de ce qui se passe mais
je ne restitue pas tout. De cette isolation qui m’a d’abord maintenu en vie, en
me protégeant de la folie, cette isolation que j’utilise quelquefois aussi
comme une arme redoutable quand je suis attaqué ou bien interpellé
durement dans des groupes dynamiques en ne montrant rien, en ne répondant
pas quelquefois, dans le but que l’autre en face implose de rage en face de
mon silence ; de cette isolation, est née une violence sourde. Cette violence,
je la restitue. Et je suis autant violent que la violence que j’ai reçue ; avec,
bien sûr, mes petits air
s de rien…


Au-delà de la dialectique, au-delà de la boutade, peut-être aussi dans l’idée
d’une amitié possible, mon ennemi préféré, Eric Huys, (et je le cite avec ma
plus sincère affection), frère de ma génération est parvenu, par nos
dynamiques mutuelles démentielles, à me foutre en rage et à me mettre en
colère noire. Vous savez, noir de chez noir, et vraiment très noir. Enfin sur
ce coup-là, on a joué à deux et je pense que je l’ai un tout petit peu énervé…
Alors cela me fait plaisir de l’avoir, aussi, un peu i
rrité.


Et, par bonheur, cette colère, j’ai su lui exprimer. J’ai su la faire vivre, la
réunifier pour me réunifier. Et, nous avons su, comme des alchimistes,
transformer nos rages en or. Je le remercie pour cela. Il m’a fait avancer.
Maintenant, j’aimerais bien que la vie m’aide à savoir pleurer, à savoir rire, et
aussi à avoir peur. Ne plus séparer, me séparer, m’auto-séparer, ne plus
fragmenter, ne plus isoler mes comportements de leurs contenus
émotionnels. Ne plus séparer, ne plus me séparer de ma vie mais réparer l
a
vie.


Que ma colonne vertébrale puisse se re-dérouler à nouveau, dans une belle
ligne droite qui monte vers le ciel et les nuages…
Est-ce que c’est cela que l’on appelle un homme debout ?
Merci pour votre attent
ion. »


Mise à l’écart : Tentative de rejet volontaire, hors du champ de la
conscience, de problèmes, désirs, sentiments, ou expériences qui
tourmentent ou inquiètent un sujet.


La rationalisation : Procédé par lequel le sujet cherche à donner une
explication cohérente, logique, acceptable, morale à une attitude, un
sentiment dont il ne perçoit pas les véritables motifs. Cela permet
d'expliquer un fonctionnement ou un comportement autrement qu'en
recourant à l'affectif, autorisant ainsi une satisfaction pulsionnelle
culpabilisante. La rationalisation camoufle les vrais motifs irrationnels et
inconscients car ces motifs véritables ne pourraient être reconnus sans
anxiété.


Le refoulement. C'est un mécanisme majeur lié à la culpabilité et qui
contribue à tous les autres mécanismes de défense. C’est clair que de
refouler sa colère et sa blessure n’empêche pas, nous l’avons déjà souligné, le
retour du refoulé. Cela se présente sous forme de rêves, de lapsus, de coups
dispensés à l’Autre avec une innocence (plus ou moins) inconsciente, voire
sous forme de somatisation plus ou moins graves. Et tant que nous décidons
que, décidément, ce lien à la Mère est mauvais et rien que mauvais, il n’y a pas
de raison que le refoulement s’arrête.


La formation réactionnelle. C'est une attitude qui s'oppose à un désir
refoulé et qui se constitue en réaction contre celui-ci. En réaction à un désir
de meurtre de sa mère, on sera constamment aux petits soins pour elle,
éprouvant le besoin de lui téléphoner tous les jours. Extérieurement, c’est
une personne qui donne l’impression d’avoir au contraire, un lien très fort et
très proche avec sa Mère. Intérieurement, c’est le contraire qui est à
l’oeuvre. Et bien sûr, ici non plus, le retour du refoulé ne se fera jamais
attendre longtemps, rendant ce lien aussi mauvais que possible.


La sublimation
Le dernier mécanisme que nous voudrions vous présenter est la sublimation.
Il s’agit d’un mécanisme qui concerne des activités sociales, intellectuelles,
artistiques, religieuses ou spirituelles. La sublimation porte sur les pulsions
partielles libidinales qui ne parviennent pas à s'intégrer dans la forme
définitive de la génitalité. Il n'y a pas de refoulement (ce n'est donc pas à
proprement parler un mécanisme de défense) mais une conversion de ces
pulsions dans un but non sexuel qui revalorise le sujet. La sublimation ne
se fait pas sous la pression du Surmoi mais est de l'ordre de l'idéal du Moi.
Il n'y a pas de culpabilité mais plutôt du narcissisme. Les caractéristiques
sont : un nouveau but non sexuel, le changement de nature de la pulsion, la
sublimation dévie les pulsions sexuelles vers un objet socialement valorisé.
Exemple : un boucher, un chirurgien subliment leurs pulsions sadiques de
meurtre et de découpage en pratiquant une activité socialement élevée et
positive (nous avons besoin du chirurgien pour guérir). La création artistique,
la vie spirituelle sont aussi des exemples de la sublimation pulsionnelle.
L’amitié entre un homme et une femme est une sublimation du couple ;
l’amitié entre individus de même sexe est une sublimation de l’homosexualité.


Propositions pour une transition, un lien , vers l’approche
sophia-analytique en trois idées-clés
:


Le lien qui structure les fondations de la personnalité est le lien à la
mère ; seulement ensuite, viennent les autres étages de la construction
de la personne.


Dans le lien, la charge affective ainsi que sa douleur archaïque se
réveillent ; d’où la rupture du lien, l’attaque du lien, le non entretien du
lien ou la destruction du lien.


Le mécanisme de défense devient un mécanisme particulier d’offense à
l’autre.

 

Copyright - Patrick FRASELLE

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