La Doctrine pulsionnelle par Paul-laurent Assoun

Publié le 23 Février 2014

La psychanalyse comparée à la psychologie de l'époque de Freud :

naissance de la métapsychologie


La Doctrine pulsionnelle par Paul-laurent Assoun

La Métapsychologie : cet ouvrage est particulièrement compliqué et il

englue le lecteur dans un langage castique de spécialistes.

Analyse de l'ouvrage et synthèse scientifique par Patrick Fraselle - les quatre chapitres, de la page 235 à page 264.


Mon langage, quoique « spécialisé », (impossible de faire autrement) est
relativement simple en rapport aux délires sémantiques et méta-intellectuels
de l'auteur - langage de caste -(que j'aime beaucoup, au demeurant, mais c'est
l'apanage de certains psychanalystes que de s'enfermer dans leur
sémantique pour s'adresser uniquement à d'autres sémanticiens...).
J'ai ajouté un lexique à la fin de ma « traduction » ainsi que de ma
synthèse.

P.F.


Introduction

  • Premier postulat : la révolution est que par la Métapsychologie, la psychanalyse

affirme son ambition d’être une science de l’inconscient.

  • Deuxième postulat : avec la métapsychologie, nous nous trouvons au coeur de la

psychanalyse : elle est, la métapsychologie, la partie théorique de la psychanalyse.


Assoun nous dit page 235 : « La Métapsychologie est la superstructure
théorique de la psychanalyse, lieu où ce qui a été acquis sur le plan clinique
trouve sa fondation. Nous nous trouvons dans la région la plus complexe et la
plus difficile de la psychanalyse. » Assoun (page 235) nous livre plus loin une
autre phrase-clé : « On ne saurait en effet se payer d’approximations : la
rigueur des définitions, le travail des concepts, sont de mise maintenant ou
jamais. » Cette complexité technique, néanmoins, nous permet l’acquisition de la
boussole indispensable tant que nécessaire qui permet de s’orienter dans ce
pays inconnu qu’est l’inconscient. Parce qu’il avait une formation de scientifique,
Freud a toujours conservé le désir d’introduire du mesurable dans la
psychologie.


A défaut d’atteindre ce résultat, il a toujours considéré l’énergie psychique
sous un angle quantitatif. Et ce point de vue économique (dont nous allons parler
plus bas) de la métapsychologie s’efforce d’étudier comment circule cette
énergie. La Métapsychologie n’est pas qu’un savoir rationnel : c’est un
mouvement vivant de pensée des « processus inconscients. » « Il s’agit d’une
discipline en travail qui se définit en s’élaborant » (Assoun page 236).
Freud dira en parlant de la métapsychologie : « Mon enfant idéal, mon enfant problème
: la métapsychologie » (phrase extraite d’une lettre à Fliess datée du
12 décembre 1896). Ne peut-on y voir là, en reprenant ces mots exacts, toute
l’idée de la sublimation créationnelle, voire pro-créationnelle … Freud se faisant
ainsi lui-même l’acteur de ce qu’il définit… quand il nous parle de la sublimation.
Différence entre la Psychologie et la Métapsychologie (superstructure
théorique de la psychanalyse).


Arrêtons-nous un instant sur le choix du terme Métapsychologie. Il existe dans
le langage courant le terme psychologie, le terme physique et le terme
métaphysique. Il faut savoir que le radical méta- provient du grec et signifie
«au-delà». Puisque la psychologie de l’époque de Freud ne s’occupe que des
processus conscients et comme son désir est de soutenir la thèse de sa
découverte de l’inconscient au sortir de ses recherches ainsi que de son
expérience clinique, il lui fallait trouver un terme qui marque bien la différence
entre la psychologie et la psychanalyse qu’il appelle la Métapsychologie. Le
calque est intéressant d’autant qu’il permet un raffermissement scientifique. En
effet, le terme physique décrivant les effets concrets, réels de la vie sur terre
utilise un terme pendant la métaphysique. Quand la physique objective est
dépassée certains renvoient le phénomène dans le «magique» ou bien
«l’inexpliqué», dans «l’au-delà», dans «l’irrationnel». Je rappelle le sens de la
racine grecque : méta- signifiant au-delà. Freud, déjà, dans son ouvrage
Psychopathologie de la vie quotidienne nous dit : « On pourrait se donner pour
tâche (…) de traduire la métaphysique en métapsychologie. » Et, il poursuit avec
un exemple : « Un Romain faisant un faux pas sur le seuil de sa demeure, alors
qu’il partait vers quelque importante affaire, voyait dans ce «lapsus» le signe
d’un sort contraire et renonçait à son projet, en quoi il faisait bien. Mais pour
arriver à cette conclusion, pour comprendre l’apparition de ce «symptôme»,
point n’est besoin d’évoquer le ciel : le faux pas reflète simplement le désir
inconscient de ne pas faire ladite démarche. Et, en effet, une entreprise qui
suscite un tel conflit intérieur a peu de chance d‘aboutir. » (1) Freud, dans cet
acte manqué, verra donc bien une manifestation de l’inconscient. Sur ce modèle
irrationnel opéré par la métaphysique il pourra créer le terme «Métapsychologie».

Quand le monde physique objectif est dépassé, on penche pour l’option métaphysique irrationnelle (Dieu, l’au-delà, etc.). Freud s’en empare et calque sur la fuite dans l’irrationnel son idée de l’inconscient qui devient le Maître des situations et non la magie populaire. C’est ainsi que la Métapsychologie se présente comme une «retraduction» de la métaphysique. Et comme le dit avec grande précision, Assoun (page 235), « La métapsychologie, compte tenu de sa fonction « intra-psychanalyique » et de sa position «contramétaphysique», élève la psychanalyse au statut de « psychologie des profondeurs (intra-, du grec, signifiant « à l’intérieur de » et, contra-, du latin, « contre, en sens contraire »). La métapsychologie se présente comme le dépassement de la métaphysique ou la réponse « scientifique » à la question de « l’inconscient » dont le statut était jusqu’alors métaphysique. Dès lors, on va rencontrer dans cette métapsychologie, les principes, les modèles théoriques, les concepts fondamentaux dont la clinique psychanalytique a besoin pour se constituer en un tout cohérent.


Ainsi, la grande révolution de Freud avec la création de «La Métapsychologie»,
est de faire un distinguo autant qu’un clivage entre la «Psychologie» de son
époque qui ne s’occupe que de la raison et du conscient avec la naissance du
concept d’inconscient. A l’époque de Freud, la Psychologie est définie comme
science du comportement tandis que la Psychanalyse se constitue en science de
la personnalité. La Psychiatrie, alors, est plutôt un outil descriptif,
classificateur et orienté vers le somatique ; la psychanalyse, quant a elle, est à
entendre comme psychologie des processus psychiques qui échappent à la
conscience. La psychologie des profondeurs, se présente donc comme la
généralisation de la Science des rêves (pour Freud, le rêve a ouvert la voie à la
psychologie des profondeurs, ouvrage publié en 1899 {1900}). L’opposition
psychologie-métapsychologie différencie le cerveau de l’esprit. Le terme
inconscient est d’ailleurs mieux approprié que le terme subconscient (encore
employé souvent et confusément mais abandonné par Freud lui-même) car
l’inconscient n’est pas «sous le conscient» mais est bel et bien une «province»
opposée. Il élabore la première et la seconde topique et place, dès lors,
l’individu «au centre» de ces provinces abstraites que sont d’abord : Conscient –
Pré-conscient – Inconscient. Ensuite, découvertes vers 1923 (seconde topique) il
nous amène les instances suivantes : Ca – Moi – Surmoi. Le tout, comme il nous le
dit, dans une approche tant économique que dynamique. En effet, dans sa
Métapsychologie, il parle de l’expression suivante : «J’appelle ainsi un mode
d’observation d’après lequel chaque processus psychique est envisagé d’après les
trois coordonnées de la dynamique, de la topique et de l’économie. » C’est ce
que nous allons voir plus bas. (1) Cf. l’expression populaire : « J’aurais mieux fait de me casser une jambe ! »

Approche historique débouchant sur les « âges » de la métapsychologie
Envisageons L’interprétation des rêves (1899-1900) comme prototype intuitif
de la métapsychologie. Assoun nous dit : « Le rêve, voie royale d’accès à
l’interprétation de l’inconscient, constitue par la même le laboratoire originaire
d’élaboration métapsychologique. Il convient donc de partir de L’interprétation
des rêves, (mis en chantier en 1896) envisagée ainsi comme « modèle » primitif
--- « paradigme » (« exemple », mot-type qui est donné comme modèle) --- de
l’explication métapsychologique. De l’aveu de Freud, on le tient pour son ouvrage
pionnier. Il dira même : « Ce n’est qu’une seule fois au cours de l’existence que le
sort vous offre une telle vision. » C’est par le rêve que la psychanalyse se révèle
comme un «art de l’interprétation». La pénétration dans le labyrinthe du rêve
suppose en effet un voyage métapsychologique. Rappelons que le rêve est la
réalisation (déguisée) d’un désir (refoulé), cf. chapitre III de l’ouvrage. Ensuite
avec la publication de La psychopathologie de la vie quotidienne, en 1901, Freud
élabore un ouvrage dans lequel l’étude des lapsus ainsi que des actes manqués
signe encore son intuition ainsi que ces propres recherches sur l’inconscient.
Puis, en 1915, avènement de la publication de Pulsions et destins des pulsions .
Ouvrage qui est l’affirmation de la théorie métapsychologique Sigmund Freud (1915)
Pulsions et destins des pulsions.


Au début des années 1910, Freud s'est mis à la tâche pour préparer une série
de textes qui devaient faire le point sur l'état de sa théorisation d'un point de
vue métapsychologique.

À l'origine, Freud avait prévu rédiger un groupe de douze essais qui devaient
couvrir l'ensemble du champ psychanalytique. Seuls cinq de ces essais ont été
publiés entre 1915 et 1917: Pulsions et destins des pulsions; Le
refoulement; l'Inconscient; Complément métapsychologique à la théorie
des rêves; et Deuil et mélancolie. Ils sont généralement regroupés sous le
titre commun de Métapsychologie.


Des sept autres textes, un seul a été retrouvé par hasard en 1983 dans les
papiers personnels de Sandor Ferenczi et porte le titre Vue d'ensemble des
névroses de transfert . Vraisemblablement, les autres manuscrits ont été
détruits par Freud lui-même, probablement peu satisfait de son travail.
En fait, il semble bien que la réflexion menée par Freud au cours de ces années
au sujet des fondements métapsychologiques de sa théorie l'ait amené à
mesurer l'ampleur du déséquilibre de sa construction. L'introduction en 1910 du
narcissisme dans la pensée freudienne était venu remettre en question son
édifice théorique.

Ce n'est qu'à compter de 1920 avec la révision de la théorie des pulsions et
l'élaboration de la deuxième topique que Freud se donnera les moyens de rendre
compte d'une pratique clinique qui s'est considérablement développée et
complexifiée. Les textes métapsychologiques rédigés en 1915 demeurent d'une grande
importance et constituent un essai de systématisation de la pensée freudienne
sur ce sujet.

 

  • Les « âges » de la métapsychologie

Temps I : nomination et fondation de la métapsychologie : phase dite
« protométapsychologique » qui couvre les années 1895 --- où le terme apparaît
--- à 1900, où avec L’interprétation des rêves, se trouve « appliqué » et spécifié
ce premier modèle.


Temps II : mise en fonctionnement du premier modèle métapsychologique que
l’on peut caractériser comme libidinal --- trouvant son manifeste avec Les trois
essais sur la théorie sexuelle et qui parviendra à la codification avec les essais
de Métapsychologie --- soit entre 1905 et 1915. La « pierre d’angle » de ce
modèle est, sur le fondement de la « première topique » (conscient –
préconscient – inconscient), le concept central de la dynamique qu’est le
refoulement et le principe de plaisir --- codifié dans l’essai de 1911 --- sur le
plan économique.


Temps III : réforme de la modélisation métapsychologique avec l’introduction
du narcissisme. Plus qu’un thème nouveau particulier, le narcissisme
« promulgué » en 1914 (quoique élaboré depuis 1909-1910) constitue un véritable
séisme dans la conception métapsychologique. Il s’inscrit donc sur tous les
« fronts » : reconsidération des instances --- avec la fonction du moi --- ;
repensée de l’objet --- avec la notion d’une « libido du moi » --- ; nouvelle
dialectique du refoulement ; reconsidération des liens entre plaisir et autoérotisme.
On notera que cette phase « chevauche » en partie chronologiquement
la phase précédente et que la codification de 1915 est à la jonction des deux
« temps » II et III


Temps IV : avec le tournant de 1920, on va assister à une sorte d’ « implosion »
du modèle explicatif : entendons que, le noyau ayant été mis en place, va
survenir un aggiornamento (adaptation, mise à jour) des acquis sur les principaux
« fronts ».

 

  • Le triple point de vue topique, économique et dynamique

La psychanalyse comme psychologie des profondeurs considère la vie psychique
de ces trois points de vue. C’est la représentation de l’appareil psychique.
Topique, vient du grec topos et signifie «lieu». C’est un «lieu» psychique et
virtuel. C’est une disposition spatiale abstraite. Conscient – Préconscient –
Inconscient – Ca – Moi – Surmoi, sont des lieux imaginés. Il est évident que si
nous découpons un cerveau, nous ne trouverons aucune trace des instances
précitées. Calqué sur le modèle physique, il n’y a pas toutefois de lieu organique
car l’esprit est abstrait. La topique accrédite plus que les forces et les
quantités un réalisme spatial. L’économique est le quantitatif (puissance –
circulation – devenir : quantité de l’énergie mise en jeu ). C’est un concept
d’investissement. Le point de vue économique, c’est la façon dont l’énergie vitale
circule et s’investit dans un objet intérieur ou extérieur pour pouvoir se
dépenser et s’épuiser. C’est la référence à la quantité ainsi qu’à la circulation de
l’énergie psychique. Le dynamique est le qualitatif (forces : les conflits étant
représentés en termes d’opposition et de rapport de forces). « Le point de vue
économique est le prolongement indispensable et logique du point de vue
dynamique ».

  • La dimension topique

Le rêve étant apparu comme la dimension éclatante de ce que, dans des
conditions normales, un domaine mental peut fonctionner avec ses lois propres,
indépendamment de la conscience, ceci nous rappelle que le problème de la
topique a été étroitement lié à celui de l’existence de l’inconscient. Dans cette
perspective, le premier schéma topologique (première topique) de l’appareil
psychique est celui décrit dans le chapitre 7 de la 3 Science des rêves et dans
l’essai de 1915 sur L’inconscient . C’est dans Au-delà du principe de plaisir
qu’apparaissent les premières lignes de cette seconde topique. Elle sera
développée essentiellement en 1923 dans Le Moi et le Ca. Avec les deux
topiques (la première élaborée en 1920 : inconscient – préconscient – conscient
et la deuxième élaborée en 1923 : ça – moi – surmoi), Freud défini un lieu
abstrait autant que virtuel (la topique, du grec, topos, « lieu »). Dans la
conception métapsychologique, il aborde les processus psychiques en références
aux « lieux » de l’appareil psychique. L’autre terme utilisé étant instance. Pour
l’entendement freudien, comprendre c’est d’abord localiser.


La première topique
L’inconscient : c’est la partie la plus archaïque de l’appareil psychique, la plus
proche de la source pulsionnelle. Son contenu est principalement constitué de
représentants de ces pulsions (représentant = ensemble de la représentation et
de la charge affective qui lui est liée). Il est constitué au cours de la vie de
l’individu et, plus précisément, pendant son enfance. L’inconscient est avant tout
caractérisé par le processus primaire. A son niveau, l’énergie est libre. L’énergie
circule donc facilement d’une représentation à une autre : pour exemple les
phénomènes de condensation et de déplacement. Il est régi par le principe du
plaisir. L’inconscient contient le Ça mais aussi une partie du Moi et quasi la
totalité du Surmoi.

Le préconscient : est situé entre le Conscient et l’Inconscient. Ses contenus
sont inconscients mais accessibles au conscient. Espèce de « salle d’attente »
des contenus mentaux, il contient des représentations inconscientes sur le point
de devenir conscientes.

Le conscient : l’homme étant avant tout un être pensant, le Conscient fait le
lien entre la réalité et l’individu. C’est le siège des processus de pensée, de
réflexion et de raisonnement. Il est ce qui réfléchit, raisonne, mentalise dans
l’homme. Freud le place à la périphérie de l’appareil psychique. Il est donc la
couche la plus superficielle du psychisme humain et donc la plus accessible.
Freud associe conscient et processus secondaire. La pulsion est sous contrôle
et soumise au principe de réalité. L’énergie est liée. Elle n’est pas libre de se
décharger : elle compose avec les exigences extérieures et intérieures.

 

  • La deuxième topique

Le ça : le Ça est le réservoir pulsionnel. Il contient les instincts, les besoins
vitaux, les désirs, les tendances agressives sadiques ou masochistes. Il contient
l’ensemble des pulsions de vie et de mort. C’est l’instance la plus archaïque,
primitive et originelle. Il est inconscient mais n’est pas la totalité de
l’inconscient.
Le moi : le Moi est l’interface qui permet à l’individu de négocier avec le monde
extérieur (principe de réalité) et son monde intérieur. Sa tâche est de négocier
les échanges entre les différentes instances psychiques et la réalité
extérieure. Il se construit sur la frustration, c’est-à-dire sur l’épreuve de la
réalité. Il se forme progressivement et est en perpétuelle évolution. Plus le Moi
est fort plus il a une tolérance à la frustration. Il peut déléguer aussi le
refoulement inconscient ou bien un autre processus de défense ; soit, tentera
d’obtenir satisfaction, abandonnera, changera ou pourra postposer son action.
Au–delà du refoulement, il peut aussi «choisir» tout aussi inconsciemment un
autre système de défense si le refoulement échoue. Le Moi, interface qui sera
l’intermédiaire entre le Ça pulsionnel (principe de plaisir), le principe de réalité,
et le Surmoi anti-pulsionnel (principe de répression), n’aura pas toujours un rôle
facile pour atteindre le principe de constance (homéostasie). Freud emploie
même le terme Nirvana.
Le surmoi : est défini comme le principe de répression. On dit que le Surmoi
est l’héritier du complexe d’OEdipe. Il est la somme des lois et interdits
communiquée par les parents, les éducateurs, les professeurs… puisqu’il se
nourrit d’identifications conscientes ou inconscientes. De ce point de vue, il est
la « loi morale » ; une autre partie détachée du Surmoi fait plus appel à des
valeurs humaines personnelles, à des choix intimes qui peuvent s’apparenter à
une forme d’éthique. Il intervient comme juge et censeur et le principal
sentiment qu’il provoque est un sentiment de culpabilité. Il permet aussi le
nécessaire travail de remise en cause et d’introspection ; c’est-à-dire, qu’il
permet à l’individu de s’interroger sur ses actes. Il permet ainsi l’amélioration
et l’élévation. Il a donc une fonction d’idéal. Un Surmoi collectif issu d’un
certain sens commun place des interdits universalisés comme le vol, le viol, le
meurtre, l’inceste.

  • La dimension économique

Ce qui se rapporte aux quantités et à leur circulation. Du point de vue
métapsychologique, c’est la référence à la quantification et à la circulation de
l’énergie psychique. C’est aussi ce facteur économique qui intervient dans la
problématique de « la fin de l’analyse » (analyse finie et analyse infinie) – en
sorte que la référence aux « quantités » rejoindrait paradoxalement la question
ultime du devenir « qualitatif » du sujet inconscient. En d’autres termes,
comment est maintenant distribuée l’énergie sur le plan économique pour
accéder à la qualité de vie…

  • La dimension dynamique

C’est ce qui se rapporte au concept de force. Comme substantif il renvoie aux
termes de refoulement et de résistance. Comme adjectif, il désigne le
processus psychique qui est abordé du point de vue des forces. C’est donc le
point de vue de la pulsion ---définie comme « poussée » --- qui impose ce point
de vue dynamique. C’est par la résistance décelable pendant le travail
psychanalytique que s’atteste cet effet dynamique fondamental du refoulement.
Ce point de vue amène à considérer les phénomènes psychiques comme résultant
d’une combinaison de forces plus ou moins antagonistes. Exemple, la névrose se
défini comme étant un conflit entre deux forces : le ça pulsionnel et le Surmoi
anti-pulsionnel. Le dynamique est belle et bien l’opposition entre deux forces qui
ont des intérêts contradictoires. L’inconscient qui cherche à se manifester et la
répression du système conscient qui cherche à s’opposer à cette manifestation.
opposé au conscient. Historiquement, cette notion de conflit est très
étroitement liée à la découverte de l’inconscient.
L’individu au centre de l’intrication de ces concepts : le refoulement signant
l’existence de l’inconscient.
« Le refoulé est le prototype de l’inconscient. » (Cf. page 298, chapitre 9,
Métapsychologie de la « personnalité psychique »)
Il définit la notion de forces antagonistes, de relation, d’intrication et de
conflits entre les différentes instances : conflit entre Ça, Moi et Surmoi. Nous
touchons dès lors les théories du refoulement et de la résistance. Le Moi,
tenant compte du principe de réalité, et le Surmoi anti-pulsionnel (principe de
répression), n’aura pas toujours un rôle facile pour atteindre le principe de
constance (homéostasie). Freud emploie même le terme Nirvana. Par nécessité
de réduire la tension à un état minimum (quasi mortem), la métapsychologie met
en lumière que le mental est divisé. Il est le lieu de conflictualisation et de
souffrance. Conflit entre libido et intérêt du Moi, entre Eros et les pulsions de
mort, le Moi arbitrant entre le Ça, le Surmoi et la réalité extérieure. La
résultante est la formation de compromis. L’appareil psychique agit sur
l’énergie qui le traverse. La Métapsychologie est donc définie comme étant la
partie théorique de la psychanalyse. Freud définit les choses ainsi :


1. La psychanalyse est le nom d’un procédé d’investigation des processus
psychiques qui autrement ne serait pas accessible. La Métapsychologie sera
donc la théorie de ces processus psychiques inconscients.


2. La psychanalyse est une méthode de traitement de troubles névrotiques qui
se fonde sur cette investigation. La Métapsychologie tirera donc son «matériel»
de l’expérience clinique acquise sur le terrain de l’ «investigation» de ces
«troubles névrotiques» pris génériquement.


3. La psychanalyse est enfin « une série de conceptions psychologiques,
acquises par ce chemin, qui croissent progressivement ensemble. » La
métapsychologie sera donc la partie fondamentale de cette science des
processus inconscients constituée sur le fondement de l’expérience clinique.
Métapsychologie, autre nom de la psychanalyse, est une partie nécessaire de la
psychanalyse, celle où elle engage son identité et ses ambitions. Par ailleurs, la
psychologie des profondeurs (avec son travail sur l’inconscient) permet
d’éclairer la vie psychique normale et non seulement pathologique.
Métapsychologie, autre nom de la psychanalyse, oui, mais un distinguo s’impose.
La psychanalyse, comme clinique et thérapie, resterait en l’air, si un postulat
scientifique n’est pas défini. La métapsychologie est ce postulat puisqu’elle
définit avec rigueur par Freud, posée comme une science, elle ne pouvait se
contenter de présuppositions. Dans la mesure où la psychanalyse est posée
comme cohérence, la métapsychologie, fondement scientifique défini, en est la
structure autant que l’architecture.

 

  • Conclusion

Du point de vue thérapeutique, le modèle psychanalytique se dégage et permet
---en cas de réussite--- d’accéder à l'atténuation de la souffrance de l’individu,
à une meilleure qualité de vie ainsi qu’un accès à une plus grande liberté
(thérapie et clinique). Dans le cas d’un unique enrichissement personnel, elle
permet d’accéder à toute la qualité de la recherche sur soi-même de l’individu
« non-souffrant » (c’est le chemin de l’introspection personnelle). L’un n’excluant
pas l’autre.


La psychanalyse utilise toutes les richesses de la théorie métapsychologique.
Elle travaille sur l’exploration de l’inconscient (psychologie abyssale) et place
l’individu en interaction dans le contexte des deux topiques de Freud. Cela
permet, en fonction d’une classification bien établie, de placer la personne dans
une grille de lecture (névrose, psychose, etc.) et dans un contexte économique
tant que dynamique pour essayer de lire et de comprendre où vont se loger les
représentants ainsi que les affects. Représentants et affects qui seront
replacés dans l’historicité de l’individu. En effet, travaillant sur l’association
libre autant que sur une symbolisation forte, elle permet, au-delà des défenses
et des résistances, de remonter à la source (la cause) de la souffrance de la
personne. Bien sûr, c’est l’approche la plus longue (minimum entre 3 et 10 ans) ;
mais, je pense qu’elle est celle qui permet d’extraire, en dehors de l ’o mbilic du
refoulé toujours inaccessible, toutes les métastases psychiques et causales des
différents revers humains. Tout en ayant conscience des difficultés réellement
objectives : la longueur intrinsèque et la force de l’engagement inhérents au
modèle psychanalytique, la métapsychologie met en lumière que le mental est
divisé. Il est le lieu de conflictualisation et de souffrance. Pour Freud, tout se
joue pour l’individu les cinq premières années de sa vie. Le désir ou le besoin
crée une tension. La source est physique ou bien psychique. Le but est de faire
disparaître la tension. L’objet est le moyen par lequel la tension risque de
disparaître. La métapsychologie, riche de sa fondation théorique permet au
psychanalyste prudent et entraîné d’analyser, de décoder où en est
éventuellement son patient dans cette triple intrication, topique, économique et
dynamique.

 

Copyright - Patrick FRASELLE

Le 1 septembre 2014 for - texts, links and pictures - checked and locked.

 

  • A méditer :

« La régression abîme la pulsion, le refoulement laisse la pulsion intacte ».
Arrêtons de régresser et, levons nos refoulement pour nous rendre vivants !

  • Bibliographie

1. ABC de la psychologie et de la psychanalyse, C. Morel, France Loisirs, Paris,
1995 ;
2. La doctrine pulsionnelle : la métapsychologie, Paul-Laurent Assoun ;
3. Freud, anthologie commentée, collection Problèmes, Jean Dierkens, Membre
de la Société Belge de Psychanalyse, Labor, Bruxelles, 1977 ;
4. Psychologie pathologique, théorique et clinique, J. Bergeret, Masson, Paris,
2000
5. Vocabulaire de la psychanalyse, Laplanche et Pontalis, Presses Universitaires
de France, Paris, 1967.
6. Recherches sur internet.


Lexique issu du vocabulaire psychanalytique en rapport avec
l’ouvrage :


Affects : il est la somme des émotions et des sentiments humains. En
psychanalyse, c’est la charge émotionnelle associée à la pulsion.


Association libre ou d’idées : c’est un des concepts fondateurs de la
psychanalyse. C’est une chaîne de représentations : une idée est
rattachée, réellement, symboliquement ou psychiquement à la deuxième,
elle-même à la troisième, etc. en se livrant au travail de l’association
libre, le sujet remonte la chaîne associative en amont pour parvenir à
débusquer la représentation originelle, et donc au désir réprimé ou au
traumatisme initial.


Condensation : fonctionnant avec le déplacement, la condensation
permet de réunir plusieurs représentations associées en une seule. C’est
notamment la condensation qui explique la réduction du contenu
manifeste du rêve par rapport à son contenu latent.


Déplacement : procédé caractéristique des processus primaires et donc
du travail du rêve, consistant à déplacer un (personne, lieu, idée) pour le
représenter par un autre qui lui est associativement lié. Le déplacement
s’illustre par une association de représentations. La pulsion se déplace de
la représentation interdite ou anxiogène vers une représentation
inoffensive, qui est psychiquement ou symboliquement associée à la
représentation initiale.


Energie liée : l’énergie est dite liée lorsque la pulsion est contrôlée et
soumise au principe de réalité.


Energie libre : l’énergie est dite libre lorsque la pulsion cherche à
atteindre, de manière primaire et sans organisation, son but. L’état libre
de l’énergie induit le primat du plaisir.


Homéostasie : (du grec homéo, homo «semblable» et stasie «position»).
Stabilisation d’un état. Pour la psychanalyse, stabilisation de l’énergie à son état
de plus grand calme ; c’est-à-dire, retrouver ainsi cet état d’homéostasie :
paisibilité et rejoindre le principe de plaisir = tension minimale.


Narcissisme : amour de soi même se marquant par un investissement
libidinal du moi, pris en tant qu’objet par la pulsion sexuelle.


Narcissisme primaire : le narcissisme primaire désigne un état précoce
où l’enfant investit toute sa libido sur lui-même.


Narcissisme secondaire : le narcissisme secondaire désigne un
retournement sur le moi de la libido, retirée de ses investissements
objectaux.


Ombilic du refoulé : élément essentiel, point obscur qui résiste à
l’interprétation.


Protométapsychologique : (du grec « prôtos », premier, primitif,
rudimentaire). Les premières recherches, les premiers rudiments avant
l’élaboration finale.


Principe de constance (principe de nirvana) : il a pour fonction de
maintenir l’énergie à son seuil le plus bas et d’éviter ainsi toute
augmentation d’énergie et donc toute tension (cf. homéostasie).


Principe du plaisir : attaché au ça pulsionnel, le plaisir prime sur tout et
les pulsions cherchent coûte que coûte à atteindre leur but, au détriment
de la réalité (principe de réalité) ou des considérations morales (principe
de répression – Surmoi).

Principe de réalité : il s’oppose au principe du plaisir. Il assure le sens
des réalités. Ainsi, la capacité de différer la satisfaction des désirs, d’y
renoncer de manière temporaire ou définitive.


Principe de répression : c’est le Surmoi qui condense toutes les
considérations morales et tous les interdits intériorisés.


Processus primaire : concept rattaché à l’inconscient. Il exprime le
caractère poussif, irrépressible de la pulsion et l’absence de
mentalisation.


Processus secondaire : concept rattaché au conscient. Il exprime la
prise en compte des exigences extérieures et le contrôle exercé sur la
pulsion.


Refoulement : phénomène inconscient de défense par lequel le
« moi »rejette une pulsion (sexuelle, agressive...), une idée trop pénible
pour accéder au champ de la conscience. C’est le principal mécanisme de
défense. Le refoulement permet d’effacer de la mémoire consciente les
situations, représentations et affects gênants, douloureux ou réprimés.
Les contenus ainsi refoulés deviennent, par le biais de cette opération
psychique, inconscients.


Régression : mouvement psychique de retour en arrière, actif notamment
dans le rêve. Retour à un stade antérieur de développement affectif et
mental.


Représentant : c’est l’ensemble de la représentation et de la charge affective
qui lui est liée.


Résistance : elle est étroitement liée au travail de l’analyse. Elle fait
obstacle à la verbalisation et à l’accès à la conscience des contenus
refoulés. Elle peut être active et consciente, mais elle est plus
fréquemment inconsciente.


Sublimation : (du latin, sublimis signifiant «élevé dans les airs »,
«haut»). Idée d’élévation spirituelle. Transformation des idées
socialement inacceptables, occasionnant des conflits intérieurs, en
valeurs socialement reconnues et donnant accès à une satisfaction
désexualisée. C’est un déplacement de l’énergie. Ex. : un individu qui a des
pulsions sadiques pourra les transformer (sublimer) et devenir un
chirurgien remarquable ou bien un boucher efficace. Le déplacement des
pulsions sexuelles chez les artistes : la création d’une symphonie, d’une
oeuvre littéraire... Les objets étant plus « élevés », ils sont plus
conformes aux intérêts du Surmoi.

La Doctrine pulsionnelle par Paul-laurent Assoun
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