Analyse des contes de fées - Jean-de-Fer par les Frères Grimm

Publié le 26 Février 2014

Patrick FRASELLE

Psychanalyse du conte Jean-de-Fer, par les Frères Grimm

Résumé du conte

Tous les chasseurs du roi disparaissent mystérieusement. Un jour, un chasseur étranger se présente au roi et sollicite du travail. Le roi refuse, disant qu’il lui sera réservé le même sort. Ignorant la peur, il insiste pour aller dans la forêt. Son chien se fait entraîner dans les profondeurs par une énorme main sortant d’une mare boueuse. Ne pouvant se résoudre à cette perte, il fait vider la mare par les hommes du roi. Il découvre au fond un être immense à l’air sauvage et primitif, le corps brun couleur de rouille, avec les cheveux jusque aux genoux. En raison de sa couleur, on l’appelle Jean-de-Fer. Le roi récompense le chasseur et fait enfermer l’homme primitif dans une cage, l’installant dans la cour du château. Le fils du roi jouant avec une balle dorée, celle-ci roule dans la cage de Jean-de-Fer. Ce dernier refuse de lui rendre la balle et lui propose un marché : « Je te rendrais ta balle si tu me libères. » L’enfant répondit qu’il n’avait pas la clé. Jean-de-Fer lui dit alors : « La clé est sous l’oreiller de ta mère. » Profitant de l’absence de ses parents, l’enfant dérobe la clé et libère Jean-de-Fer. Jean-de-Fer s’enfuit ; et l’enfant, par crainte d’être puni crie à Jean-de-Fer : « Attends-moi ! ». Il lui répond : « Je te préviens, tu ne reverras plus jamais tes parents. » Il le hisse sur ses épaules et l’emmène avec lui.

Les protagonistes

1. Le chasseur étranger qui se propose au roi et dit : «Sire, je le ferai (aller voir dans la forêt pourquoi tous les chasseurs du Roi meurent et ne reviennent jamais de la chasse) à mes risques et périls ; j’ignore la peur. » ;

2. Le bourbier profond (la mare) ;

3. Jean-de-Fer au corps brun couleur de rouille, ses cheveux longs, jusqu’au genoux, avec des allures d’homme sauvage ;

4. La cage ;

5. Le fils du Roi ;

6. La clé (« Elle est sous l’oreiller de ta mère, tu peux aller la chercher, dit-il, Jean-de-Fer, au fils du Roi. ») ;

7. L’oreiller de la mère ;

8. La balle dorée ;

9. Le Roi et la Reine ;

10. La forêt ;

11. Les trésors et l’or de Jean-de-Fer ;

12. La fontaine d’or claire et transparente comme du cristal ;

13. Les cheveux d’or ;

14. Les ducats dont il ne veut pas ;

15. Le cheval qui boîte ;

16. Le cheval puissant, la force guerrière offerte par Jean-de-Fer ;

17. La pomme d’or ;

18. Jean-de-Fer changé en roi majestueux avec sa suite.

Valeur symbolique des éléments

1. Le chasseur étranger : l’intermédiaire qui permet, déclenche le cheminement ainsi que le questionnement ; c’est, du point de vue sophianalytique, le Soi.

2. Le bourbier profond représente l’inconscient.

3. Jean-de-Fer = les forces primitives et sauvages sont au fond de l’inconscient. Jean-de-Fer ayant aussi le rôle séparateur positif de l’enfant d’avec la mère. Le père devant arracher l’enfant à l’émotionnel prégnant de la mère pour lui montrer ainsi le chemin de la vie.

4. La cage = les forces primitives, l’agressivité naturelle réprimée ; celle qui est juste dynamiquement et qui est nécessaire à la construction de la vie. Aussi, le Surmoi ; mais particulièrement le Surmoi des parents imposé au fils symbolisé par Jean-de-Fer enfermé dans la cage : motion anti-pulsionnelle.

5. Le fils du Roi = l’être qui doit et va changer pour s’approprier sa vie.

6. La clé = la mère qui détient la clé de la vie ou bien de la castration.

7. L’oreiller de la mère = l’oreiller étouffe la clé qui permet de se confronter aux forces primitives encagées. De ces forces primitives qui permettent à l’enfant mâle de devenir un homme ; la mère pouvant se laisser aller à donner la solution (clé) à son enfant ou bien le réprimer.

8. La balle dorée = tout le potentiel de l’enfant en devenir recontrant l’énergie de Jean-de-Fer.

9. Le roi et la reine = le couple parental installant la triangulation oedipienne avec le fils en devenir d’identité masculine.

10. La forêt = aussi les forces vitales, primitives pouvant originer l’évolution personnelle ; forêt tant maternelle que paternelle. La rencontre de soi-même à l’aide de l’inconscient.

11. Les trésors et l’or de Jean-de-Fer = « L’or solaire, l’or royal, métal inaltérable, symbolise un sommet de perfection spirituelle (…), un ferment d’accomplissement intérieur. » * 1. cf. notes, plus bas.

12. La fontaine d’or claire et transparente comme du cristal = l’or, le doré nous invite à penser, dans l’optique des alchimistes (la transformation des métaux) à la sublimation, à la transformation ; partant, à l’évolution personnelle inhérente et conséquente à l’introspection.

13. Les cheveux d’or = l’or, le doré nous invite à penser, dans l’optique des alchimistes (la transformation des métaux) à la sublimation, à la transformation ; partant, à l’évolution personnelle inhérente et conséquente à l’introspection.

14. Les ducats dont il ne veut pas = a) représente pour cet enfant devenu un jeune-homme des « jouets » dont il ne veut plus : c’est pour cela qu’il les donne aux enfants du jardinier, « pour jouer avec » dit-il ; la vraie récompense étant de marier la fille du roi. b) marque aussi le fait qu’il désire une autre forme de récompense revêtant un aspect plus spirituel, plus profond et aussi plus archaïque ; en lien plus direct avec la vie (sa place d’homme face à la rivalité ainsi que sa place d’homme désirant face à la fille du roi).

15. Le cheval qui boîte = la rivalité et le continuum de la castration engendrée par les chevaliers du roi.

16. Le cheval puissant, la force guerrière offerte par Jean-de-Fer = l’enfant en devenir rencontrant les forces primitives et sainement agressives de Jean-de-Fer lui permettent de devenir un homme. Puissance et force de libération.

17. La pomme d’or = une mise en lien avec la balle dorée. C’est une prolongation de l’évolution masculine de l’enfant. Symbolise le cheminement pour passer de l’enfant à l’homme dans le contexte de la rivalité avec les autres chevaliers. Le contact avec les forces agressives et primitives permettant la confrontation avec la vie et d’autres hommes. Aussi un lien avec la transformation de l’enfant (la balle dorée) à l’homme (la pomme d’or)

18. Jean-de-Fer changé en roi majestueux avec sa suite =

Interprétation du conte

Ce conte décrit le cheminement ainsi que l’évolution positive d’un enfant. C’est grâce au contact des forces primitives inhérentes à son sexe que cette évolution est possible. L’énergie en devenir de l’enfant est symbolisée par la balle ronde, façonnable, qui va à la rencontre des forces primitives encagées, symbolisées par Jean-de-Fer. Jean-de Fer est extirpé des profondeurs d’une mare de boue, signifiant dès lors bien, l’inconscient. Les forces primitives et sauvages sont au fond de l’inconscient. Jean-de-Fer ayant le rôle séparateur positif de l’enfant d’avec la mère. Le père devant arracher l’enfant à l’émotionnel prégnant de la mère pour lui montrer ainsi le chemin de la vie. Son propre père ne remplissant pas lui-même se rôle, car lui-même castré, confie l’ouverture de la cage de Jean-de-Fer à sa femme. La motion anti-pulsionnelle, symbolisée par le double rôle castration/castrateur des parents est lourde. Le père lui-même, est déjà entrevu comme modèle d’être castré, car c’est lui qui demande à ce que l’on enferme Jean-de-Fer dans la cage. La mère aussi empêche l’évolution de son fils car la clé qui permettrait d’ouvrir la cage dans laquelle est enfermé Jean-de-Fer est, comme le dit le conte : « sous l’oreiller de ta mère. » La mère contrôlant alors aussi bien le contact d’avec les forces archaïques, de son propre mari autant que de son propre fils. La chance pour ce jeune garçon est qu’il écoute son intuition et qu’il désobéit (il s’oppose, en quelque sorte) en libérant Jean-de Fer. Avec Jean-de-Fer, il accède à la transformation de l’agressivité brutale en agressivité positive, créatrice : c’est le cheminement positif, créateur et libre. Aussi, au principe de la sublimation ; l’or du conte représentant (comme pour les alchimistes) la transformation du métal brut, grossier en or fin , raffiné : ses cheveux devenant dorés peuvent représenter (puisqu’ils sont près de la tête) un principe d’élévation, du grandir ainsi que l’ouverture à une certaine spiritualité * 2. cf. notes, plus bas (« la transformation des métaux est sa propre évolution »). L’enfant mis enfin en lien avec l’énergie brute doit faire son chemin tout seul ; c’est pour cela que Jean-de-Fer le libère à son tour en l’envoyant « dans le vaste monde monde et apprendre la pauvreté ». Mais s’il s’en sépare (opposition entre séparation et rupture) il ne l’abandonne pas car quand il est en difficulté dans sa progressive vie d’adulte, il lui donne les moyens de combattre (force, armes, armures, cheval phallique, puissant et non castré. Une mise en lien avec la balle dorée existe. C’est une prolongation de l’évolution masculine de l’enfant. Aussi un lien avec la transformation de l’enfant (la balle dorée) à l’homme (la pomme d’or). Passer de la balle dorée à la pomme d’or de la princesse symbolise le cheminement pour passer de l’enfant à l’homme dans le contexte de la rivalité avec les autres chevaliers. Le contact avec les forces agressives et primitives permettant la confrontation avec la vie et d’autres hommes. Il trouve enfin, dans l’épisode de ces affrontements une confrontation (front contre front) structurante ainsi que positive, en vivant un triangle oedipien (rivalité et conquête de la fille du roi). Triangle que son propre père n’a pas pu lui proposer ses propres forces primitives étant encagées. Jean-de-Fer délivré représente l’inconscient du jeune garçon, ainsi délivré.

Patrick FRASELLE

psychanalyste-psychothérapeute

 

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Le 13 septembre 2014 for - texts, links and pictures - checked and locked.

 

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Bibliographie

De Coster Benoît, Notes de cours de l’ISAB, 2005-2006.

Corneau Guy, Père manquant, fils manqué : que sont les hommes devenus ? Les Editions de l’Homme, 1989

Grimm, Contes, préface de Marthe Robert, Folio Classique, 1997.

Romey Georges, Dictionnaire de la Symbolique : le vocabulaire fondamental des rêves, 4 volumes, Albin Michel,

Notes

In Dictionnaire de la symbolique, volume I, page 184 ;

In Notes de cours de l’ISAB, 2005-2006, de Coster ;

Rédigé par Patrick FRASELLE

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